Quand un membre du coven s’en va

Dave et Ann Finnin – in The Forge of Tubal Cain
Traduction / Adaptation par Daràn.

Quelques personnes, en dépit de tous nos avertissements et préparations, ont quand même craqué mentalement et émotionnellement sous la pression intense de leur année d’apprentissage. Cela se déroulait toujours exactement de la même manière. Au départ, un membre commençait à ne plus venir aux cercles, préparant souvent pour cela une panoplie d’excuses. Peu de temps après, plus d’excuses : la personne cessait tout simplement de venir. Puis, les accusations commençaient, habituellement la personne se plaignait d’être maltraitée par un autre membre du cercle. Avec de l’attention et un questionnement précis, ce qui montait le plus souvent à la surface, était que la personne accusée avait soit exactement les mêmes problèmes comportementaux que l’accusateur, qui les lui reprochait mais ne les voyait pas chez lui-même. Ou bien la personne accusée avait refusé d’une manière ou d’une autre “faire avec”, ou de laisser s’exprimer le problème de l’accusateur.

Ensuite, la personne troublée venait nous voir pour nous demander de “faire quelque chose” à propos de la personne “maltraitante”. Bien souvent, la personne accusée n’avait pas la moindre idée de ce qui avait pu aboutir à cette situation, ne comprenait absolument pas, et tentait des manoeuvres de réconciliation qui engendraient toujours plus d’accusations de conspiration ou de favoritisme.
Finalement la personne troublée coupait toute relation avec le cercle en prenant pour prétexte des accusations sans aucun fondement et sans aucun sens. Tous les troubles et les difficultés éventuellement reliés à ce départ étaient portés au blâme des autres membres du coven individuellement, ou du coven dans sa totalité – jamais à celui de la personne qui l’avait quitté ; et l’on entendait ensuite de sordides histoires concernant le coven, où l’ex-membre se posait en pauvre victime de la liste interminable de notre cruauté et des tortures que nous lui avions infligées. L’une de ex-membres m’a rappelée un jour, en m’accusant sur un ton totalement hystérique de faire des rituels pour essayer de l’influencer, et exigeant que j’arrête ça tout de suite. Bien évidemment, personne n’avait entrepris de rituels la concernant, pour la simple et bonne raison que, à ce moment-là, tout le monde était tellement fatigué de ses petits jeux de manipulation que personne ne voulait avoir affaire à elle de près ou de loin.

Ces accusations fausses étaient d’autant plus pénibles que ces personnes avaient été jadis une soeur, un frère bien aimé, et que nous avions fait tout ce que nous avions pu pour résoudre la situation d’une manière juste et équitable. Peut-être n’avions nous pas réussi. Nous sommes, après tout, seulement des humains. Peu d’entre nous disposaient d’une formation professionnelle pour résoudre ce type de problèmes. Nous étions en colère, profondément blessés, particulièrement lorsque nous nous retrouvions accusés d’avoir fait des choses que nous n’avions non seulement pas faites, que nous avions fait tout notre possible pour éviter, au prix de gros efforts ou de sacrifices personnels. Nous n’étions certainement pas parfaits, mais nous n’avions promis la perfection à personne. Cela faisait déjà assez mal de voir quelqu’un qu’on aimait quitter le cercle, mais voir de telles personnes recourir délibérément au mensonge dans une tentative désespérée pour justifier leurs actions et briser notre réputation, c’était pire encore.

Leave A Comment, Written on septembre 3rd, 2011 , Accrochages

Par Janet et Stewart Farrar (dans A Witches Bible, traduit et adapté de l’anglais par Tsukimi).

Nuit du 31 Juillet au 1er Août

La Préparation

 

Une petite miche de pain est placée sur l’autel. Une étoffe verte ou un morceau de gaze taillé en carré, assez grand, est posé près de l’autel.

Si l’on utilise une ambiance musicale, la Grande Prêtresse peut souhaiter faire jouer un morceau pour le rituel principal, puis un autre, d’un rythme plus insistant voire primitif, pour accompagner la Danse du Grain puisque, contrairement à la Danse de Midsummer, il n’y a pas d’accompagnement chanté.

Le Grand Prêtre doit porter une couronne de houx mêlé de paille et d’épis. Les femmes portent des couronnes d’épis de blé entremêlées de coquelicots. Si disponibles, les céréales, les coquelicots et les myrtilles font d’excellentes décorations d’autel, accompagnés d’autres fleurs de saison.

Le Chaudron décoré de graines est placé à l’Est du cercle, le quart de la renaissance.

 

Le Rituel

 

Durant le rituel d’ouverture, on omet volontairement la Descente de la Lune. Le Grand Prêtre donne le Quintuple Baiser à la Grande Prêtresse et et récite immédiatement après la Charge de la Déesse, en remplaçant « Moi » ou « Je » par « Elle ».

Après la Rune des Sorcières, les membres du coven s’écartent en cercle et commencent à taper des mains doucement, en rythme.

Le Grand Prêtre prend un bandeau, l’enroule comme une corde et en tient une extrémité dans chaque main. Il commence à s’approcher de la Grande Prêtresse, comme s’il voulait lancer le tissu autour de ses épaules et la capturer pour l’amener à lui ; mais elle se dérobe, tentatrice.

Pendant que le coven continue son rythme en tapant des mains, la Grande Prêtresse continue à échapper à son poursuivant. Elle le provoque et s’approche mais recule toujours avant qu’il puisse la capturer. Elle passe entre les membres du coven, et les autres femmes s’interposent et bloquent le passage au Grand Prêtre pour aider la Grande Prêtresse à s’enfuir. Après un moment, après disons, deux ou trois tours du cercle, la Grande Prêtresse se laisse capturer et le Grand Prêtre lui passe l’étoffe derrière les épaules en la lançant par-dessus sa tête, l’attirant à lui. Ils s’embrassent et se séparent, et le Grand Prêtre tend l’étoffe à un autre homme.

L’autre homme se lance à la poursuite de sa partenaire, qui esquive ses approches, le provoque et le tente de la même manière ; le rythme des mains continue. Après un moment elle aussi se laisse capturer et embrasser.

L’homme tend alors l’étoffe à un autre homme, et le jeu de poursuite continue jusqu’à ce que chaque couple y ait pris part. Le dernier homme rend le tissu au Grand Prêtre. Une fois de plus le Grand Prêtre poursuit la Grande Prêtresse, mais cette fois le rythme est bien plus lent, ses fuites et ses esquives se font plus solennelles, comme si elle l’attirait dans un piège ; et cette fois aucun autre n’intervient. La poursuite continue jusqu’à ce que la Grande Prêtresse se place face à l’autel à deux ou trois pas ; le Grand Prêtre s’arrête dos à l’autel et la capture avec l’étoffe.

Ils s’embrassent solennellement mais ardemment ; après quelques secondes le Grand Prêtre laisse échapper l’étoffe de ses mains et la Grande Prêtresse cesse de l’étreindre pour reculer d’un pas.

Le Grand Prêtre tombe à genoux, s’asseoit sur ses talons et penche la tête, le menton sur la poitrine.

La Grande Prêtresse écarte les bras, c’est le signal qui indique au coven de cesser de taper des mains. Elle appelle ensuite deux femmes par leur nom et les place de chaque côté du Grand Prêtre, faisant face à lui, de manière à ce que toutes trois le surplombent et l’entourent. La Grande Prêtresse ramasse l’étoffe et toutes les trois l’étendent entre elles au-dessus du Grand Prêtre. Elles l’abaissent lentement et la lâchent, afin qu’elle le recouvre. Les deux femmes se replacent ensuite à la périphérie du cercle avec le coven.

La Grande Prêtresse peut alors si elle le souhaite changer l’ambiance musicale ou demander à quelqu’un de le faire.

Elle prend ensuite la petite miche de pain sur l’autel et la tient un instant juste au-dessus de la tête inclinée du Grand Prêtre. Elle se place ensuite au milieu du cercle, brandit le pain très haut dans la direction de l’autel et invoque :

« O, notre Grande Mère à tous, toi de qui vient toute fructification, donne nous des fruits et du pain, des troupeaux et des enfants pour la communauté, pour que nous puissions croître en force. Par la rose de ton amour, descends sur le corps de ta servante et prêtresse ici présente. »

Après une courte pause, lentement au début, elle entame sa Danse du Grain, portant le pain comme un objet sacré et magique.

Elle termine sa danse en se tenant face au Grand Prêtre ( qui est toujours immobile et « mort » ), tenant la miche de pain dans ses deux mains, et disant :

« Rassemblez-vous en cercle, O Enfants de la Moisson ! »

Le reste du coven se rassemble en cercle autour de la Grande Prêtresse et du Grand Prêtre agenouillé. (Si la Grande Prêtresse et la Demoiselle ne connaissent pas leur texte par coeur, la Demoiselle peut apporter leurs notes et une bougie d’autel, et se tenir à côté de la Grande Prêtresse pour qu’elles puissent lire toutes les deux, étant donné que les deux mains de la Grande Prêtresse sont occupées.)

La Grande Prêtresse dit :

« Voyez, le Roi Houx est mort, lui qui est aussi le Roi du Grain. Il a étreint la Grande Mère, et il est mort d’amour ; ainsi en a-t’il été, année après année, depuis le début des temps. Mais si le Roi Houx est mort, lui qui est le Dieu de l’Année Descendante, alors tout est mort ; tout ce qui dort dans ma matrice terrestre dormirait pour toujours. Que devons-nous faire pour que le Roi Houx puisse vivre de nouveau ? »

La Demoiselle dit :

« Donne-nous à manger le pain de la vie. Ainsi le sommeil mènera à la renaissance. »

La Grande Prêtresse dit :

« Ainsi soit fait. »

(La Demoiselle peut à présent replacer les notes et la bougie, et retournerà sa place auprès de la Grande Prêtresse).

La Grande Prêtresse partage la miche de pain en petits morceaux qu’elle distribue au coven, qui le consomme. Elle ne mange pas de morceau elle-même pour l’instant, mais en garde suffisamment dans ses mains pour constituer trois portions.

Elle convoque les deux mêmes femmes pour se tenir à nouveau autour du Grand Prêtre. Lorsqu’elles sont en position, d’un geste, elle leur indique de soulever l’étoffe de la tête du Grand Prêtre ; elles s’exécutent et l’étendent sur le sol.

La Grande Prêtresse dit :

« Reviens à nous, Roi Houx, pour que sur nos terres règne l’abondance. »

Le Grand Prêtre se lève et dit :

« Je suis une lance agitée dans une bataille ; Je suis un saumon dans un bassin ; Je suis une colline de poésie ; Je suis un sanglier impitoyable ; Je suis un bruit menaçant de la mer ; Je suis une vague de la mer ; Qui, sinon moi, connaît les secrets du dolmen rugueux ? »

La Grande Prêtresse lui donne alors un morceau du pain et en prend elle-même un autre ; ils mangent tous deux, et elle replace le dernier morceau sur l’autel. La Grande Prêtresse et le Grand Prêtre conduisent ensuite une danse en rond, accélérant le pas pour qu’elle devienne de plus en plus joyeuse, jusqu’à ce que la Grande Prêtresse s’écrie « A terre ! » et que chacun s’assoie.

Le Grand Rite est alors accompli.

La portion de pain restante, après que le cercle ait été banni, fait partie de l’offrande à la terre, avec les restes du vin et des gâteaux de la Petite Fête.

Leave A Comment, Written on août 21st, 2011 , En pratique

in The Forge of Tubal Cain
© Ann Finnin
Traduit/adapté de l’anglais par Tsukimi

En Décembre 1976, lorsque nous avons officiellement fondé Roebuck, cela faisait deux ans que nous étions dans le milieu de l’Art. Durant ce laps de temps, nous avions travaillé avec pas moins de cinq groupes différents, en participant fréquemment à deux cercles par semaine, plus encore en périodes de sabbats. Nous avions dirigé des groupes d’entrainement, coordonné des festivals ouverts, participé à des ateliers et crée des liens avec des groupes en dehors de la Californie du Sud. Cette intense introduction dans la communauté néo-païenne nous a rapidement permis de remarquer bien des choses que nous n’aimions pas.

Le plus grand problème était l’exploitation sexuelle. Au sein de certains groupes, on attendait des nouveaux arrivants qu’ils aient des relations sexuelles avec les membres déjà acceptés. C’était une condition pour intégrer ces groupes et tous ceux qui refusaient se voyaient estampillés « pas réellement Païens ». Les critiques devenaient particulièrement virulentes si les gens qui refusaient étaient mariés légalement et souhaitaient demeurer fidèles à leurs conjoints. Les candidats devaient le plus souvent se soumettre à des pratiques de nature sexuelle lors de leurs rituels d’initiation – souvent durant le Grand Rite du Troisième Degré, mais nous avons tout aussi bien été témoins d’abus lors d’initiations au Premier Degré.

Il y avait également des problèmes de dépendance à diverses substances. Quelques groupes employaient réellement des substances illégales dans leurs rituels et faisaient en sorte d’avoir toujours une longueur d’avance sur la police. Mais même lorsqu’il s’agissait de substances considérées comme non illégales, on trouvait des dirigeants ou des membres de cercles, alcooliques ou dépendants à des médicaments, qui avaient tendance à ritualiser dans un état d’intoxication. Les nouveaux membres pouvaient être mis sous pression pour prendre ces substances, expérimentant ensuite le chaos lié à leur consommation ou des violences psychologiques s’ils refusaient.

Les deux problèmes pré-cités étaient suffisamment sérieux pour détruire des vies, la santé ou les finances des membres d’un groupe, et fort heureusement les pires de ces pratiques ont été suffisamment discréditées et largement abandonnées depuis. Rejoindre un groupe à cette époque demeurait quand même une démarche pleine de problèmes, allant du simple ennui aux pires souffrances, et tout cela empêchait tout développement magique ou spirituel sérieux de s’accomplir. Pratiquement tous ces inconvénients venaient du fait que les meneurs des différents groupes existants n’avaient aucun compte à rendre à qui que ce soit concernant leur comportement.

Par conséquent, beaucoup succombaient à la tentation de camoufler leurs problèmes personnels et leurs modes de vie dysfonctionnels dans l’aura de la tradition magique et de les imposer à leurs étudiants. La plupart de ces problèmes étaient identiques à ceux que l’on pouvait rencontrer dans des groupes similaires composés des personnes très créatives et iconoclastes. Toutefois, les faire passer pour de la Magie leur donnait une crédibilité qu’ils ne méritaient pas, et remettre ces enseignements douteux en question prenait la couleur du sacrilège ou du blasphème. Les étudiants critiques s’entendaient souvent dire qu’en désapprouvant la conduite du meneur du groupe, ils défiaient la volonté de la Déesse elle-même. Cela mena bien des gens réfléchis à devenir cyniques et désillusionnés, alors qu’ils auraient pu beaucoup apporter à la communauté de l’Art.

A quelques exceptions près, toutefois, la grande majorité des problèmes qui arrivaient dans ces groupes de jadis étaient le fruit de l’insécurité ou du manque de formation des gens qui les dirigeaient. Dans bien des groupes, les membres ne faisaient rien d’autre que de s’asseoir dans le cercle, souvent pendant des années, pendant que le Grand Prêtre ou la Grande Prêtresse faisait tout le travail. Ensuite ils passaient par une petite cérémonie et on leur disait de partir pour fonder leur propre groupe. Parfois ils n’avaient reçu qu’un peu ou pas du tout d’entrainement dans leur groupe-mère, n’ayant traversé qu’une série intensive de rituels condensés sur un week end, ce qui ne leur conférait rien hormis un rang dans leur tradition. D’un coup de baguette, ces gens se retrouvaient soudain Grand Prêtre ou Grande Prêtresse, en ne sachant absolument pas quoi faire.

Face à cette responsabilité impressionnante et à ce défi qu’était la direction d’un groupe magique, ces personnes avaient tendance à dissimuler leur ignorance et leur manque d’expérience derrière une exigence d’absence totale de remise en question de la part de leurs membres, obéissance qu’ils demandaient sans l’avoir pour autant gagnée en démontrant leurs capacités. Quand un dirigeant ne connaissait pas la réponse à une question embarrassante concernant la tradition ou son histoire, il se rabattait souvent sur le prétexte d’un secret ou sur des inventions, et quiconque remettait cela en doute était sommairement chassé ou puni.

Certaines pratiques très bizarres se retrouvaient donc dans des Livres des Ombres, sans que personne n’ait la moindre idée de leur provenance ou de leur utilité. Mais pendant des générations d’initiées, elles furent transmises sans que personne ne prenne l’initiative de chercher ce qu’elles signifiaient ou apportaient exactement. Ces pratiques n’étaient non seulement pas remises en question, mais également assorties d’un genre de notion de sacrilège si on essayait de les modifier pour les rendre plus efficaces.

On nous raconta l’histoire du Pas de Danse Sacré Rituel. Apparemment, quelqu’un s’était fait initier dans un groupe et avait remarqué que la Grande Prêtresse faisait un étrange petit pas en approchant l’autel pendant le rituel. Après quoi, il lui avait demandé ce qu’elle avait fait à ce moment-là et pourquoi. Sa Grande Prêtresse lui répondit que c’était le Pas de Danse Sacré Rituel, que sa Grande Prêtresse à elle avait fait lorsqu’elle avait été initiée, et qu’il n’avait pas un Degré suffisant pour savoir pour quelle raison on l’effectuait.

Plus tard, nous avons eu l’occasion de rencontrer la dame qui avait initié cette Grande Prêtresse. Nous lui avons demandé si nous pouvions enfin connaitre la signification du Pas de Danse Sacré Rituel. La vieille dame rit et nous dit que cela n’avait jamais été secret : ce qui s’était passé, c’est qu’elle s’était cousu une nouvelle robe pour l’initiation et qu’elle n’avait pas eu le temps de faire l’ourlet proprement. Pendant le rituel, elle avait trébuché dessus et manqué de peu de se casser la figure dans le cercle.

Certains dirigeants faisaient aussi des choses douteuses comme élever leurs conjoints/amant(e)s du moment à des positions d’autorité qu’ils n’avaient aucunement méritées, en attendant des autres membres, même ceux qui faisaient partie du groupe depuis longtemps, qu’ils fassent preuve de déférence envers eux. Ceux qui refusaient de s’accommoder de la situation étaient soient mis à la porte, soit laissés de coté. On pouvait même prendre des mesures de rétorsion contre les dissidents, tout particulièrement si on craignait que le linge sale du cercle soit lavé en public.

Dans certains cas où le groupe était dirigé par un couple marié, l’un des époux pouvait avoir une liaison avec un membre du groupe et s’attirer les foudres de son partenaire. Le couple pouvait se briser et se battre pour garder les membres du groupe comme s’il s’agissait de se répartir les meubles. On attendait des membres qu’ils prennent parti, qu’ils favorisent un partenaire ou l’autre, et on évitait ceux qui s’étaient rangés du coté opposé. Le groupe pouvait alors se diviser en deux groupes se lançant des accusations terribles basées sur très peu de preuves. Parfois, cela menait à tout un ensemble de rituels de protection contre les « attaques psychiques » présumées venant de l’autre groupe.

Certains dirigeants, qui confondaient leur agenda personnel avec un mandat des Dieux, formaient des groupes dans le but d’accomplir pour eux certains objectifs sociaux et personnels. Cela donnait des sortes de petits clubs privés dans lesquels seuls certaines personnes acceptables socialement étaient admises, la plupart du temps des gens fortunés ou dotés d’emplois prestigieux. Les membres étaient sujets à des évictions rapides dès lors qu’ils faisaient montre de problèmes personnels embarrassants ou devenaient ennuyeux, inconvenants.

A l’opposé, certains groupes devenaient de véritables auberges menées par des personnes au grand cœur mais naïves, qui prenaient en charge les âmes perdues et se retrouvaient rapidement submergées par les pique-assiettes, les drogués et toutes sortes de gens dysfonctionnels. Leurs membres à problèmes s’installaient parfois chez les dirigeants, faisaient grimper leurs factures de téléphone, les poussaient petit à petit dehors, brisaient ou volaient leurs biens, puis s’évanouissaient dans la nature en ne laissant que des dettes et des dégâts derrière eux.

D’autres groupes n’étaient guère plus que des groupes de prière païens, qui attiraient les gens nécessiteux qui voulaient des sorts et des charmes pour résoudre des problèmes personnels. Ces groupes avaient une « liste de courses » mensuelle répertoriant tout ce que les gens voulaient, habituellement de l’argent, de l’amour ou du travail. Ces groupes tendaient en général très vite vers le mercenariat au service de quelques uns. Une fois, nous avons participé à un cercle où l’on nous demandait de « charger » un ticket de loterie pour faire gagner beaucoup d’argent aux dirigeants du groupe. Ce que les participants pouvaient attendre en retour de l’utilisation de leur énergie ne fut jamais très clair. Est-il besoin de préciser que le ticket de loterie ne fut pas gagnant ?

Les Gardnériens avaient tenté de gérer un peu ce chaos en standardisant leur tradition et en imposant une structure hiérarchique qui assurait que chaque coven était responsable vis à vis d’un autre. Comme dans une ligne de magasins franchisés, on savait exactement ce qu’on obtenait avec une initiation gardnérienne. Les rituels étaient identiques, la structure et les règles du coven également. Et si vous subissiez des abus entre les mains d’une Grande Prêtresse particulière, vous pouviez aller vous plaindre à son initiateur et espérer obtenir un genre de réparation.

C’était cependant un processus à double tranchant. Hormis censurer publiquement la Grande Prêtresse éloignée du droit chemin, un initiateur ne pouvait pas faire grand chose en cas de plainte. On ne pouvait pas dégrader un Troisième Degré. La Grande Prêtresse en question restait Grande Prêtresse. Elle pouvait parfaitement faire un pied de nez à sa hiérarchie et continuer de diriger un coven composé de membres souhaitant rester avec elle. Un membre mécontent avait peu de recours, hormis quitter le coven et en rejoindre un autre.

Il était également possible que la Grande Prêtresse en question soit elle-même victime d’abus personnels et politiques, infligés par ses supérieurs. Au sein de nombreuses hiérarchies, les gens élevés aux plus hauts niveaux arrivent là parce qu’ils sont les amis de leurs supérieurs, plutôt que grâce à leurs travail ou à leurs capacités. Les Gardnériens étaient connus pour fonder des covens en donnant à des novices les trois Degrés en un week end, ce qui les propulsait Grand Prêtres et Grandes Prêtresses et les incitait à se montrer loyaux envers leurs initiateurs. Un membre du coven qui allait trouver l’initiateur pour se plaindre pouvait rapidement se rendre compte que c’était aussi mauvais, voire pire, que de rester entre les mains de la Grande Prêtresse qui lui avait nui.

L’un des avantages qu’il y avait à ne pas faire partie de la structure hiérarchique gardnérienne, c’était de développer notre autonomie, et de ne reconnaitre pour nous aucune autre autorité que la notre. Nous pouvions faire tout ce que nous voulions au sein de notre propre groupe, initier qui nous souhaitions, établir toutes les règles qui nous convenaient. Mais comme nous avions été victimes de certaines des pratiques abordées plus haut, et témoins des conséquences malheureuses de certaines autres, nous nous sommes trouvés incapables de répéter en toute bonne conscience ces scénarios-là au sein de Roebuck.

C’était davantage par pragmatisme que pour des raisons « morales ». Nous avions croisé suffisamment de groupes pour voir que ceux qui persistaient dans certaines pratiques ne faisaient pas long feu. Ils ne semblaient d’ailleurs pas non plus produire de magie efficace, mais plutôt une série de drames personnels et de scènes dignes d’un soap opera, ce qui drainait l’énergie plus qu’autre chose. Les pratiques abusives ou illégales étaient déjà assez mauvaises en soi. Mais même les pratiques relativement bénignes et altruistes s’avéraient contre-productives si le but du groupe était de rester uni, et d’accomplir des rituels constructifs dans le but de développer avec le temps une tradition magique.

Nous nous sommes retrouvés dans la position de devoir trouver un compromis exploitable entre la discipline très efficace mais autocratique des Gardnériens, et la liberté absolue mais inexploitable et improductive des groupes éclectiques que nous avions connus. Nous voulions que le groupe travaille efficacement avec un minimum de problèmes personnels, mais pas pour autant devenir des tyrans sans cœur. Alors, après beaucoup de réflexions et de remue-méninge, nous avons établi les règles suivantes pour le Roebuck émergeant. Elles sont encore inchangées à ce jour :

1. Les Cercles devraient comprendre uniquement des participants vêtus (au moins partiellement). L’expérience nous a montré que la nudité n’est pas nécessaire pour faire de la magie, et s’avère souvent une distraction et une nuisance si l’on commence à avoir froid ou à se sentir inconfortable. La magie vient de ce que l’on est, pas de ce qu’on porte ou ne porte pas, et nous voulions éviter les situations parfois propices aux abus sexuels qui surviennent lorsqu’on requiert une pratique « Skyclad ». (ndt: « vetu du ciel »). Nous travaillions souvent dehors ou dans des environnements froids, donc les capes chaudes ou les robes devinrent des accessoires que bien des gens étaient très enclins à choisir.

2. Aucun rituel sexuel ne serait pratiqué, excepté en privé entre adultes consentants. En dépit de toutes les idioties des « Lois de l’Accès Charnel » (Laws of Carnal Access) dépeintes dans notre Livre des Ombres de la Tradition Américaine, Dave et moi avons pris la décision de nous interdir toute relation sexuelle avec d’autres membres du coven, quelles que soient les circonstances. Beaucoup de covens se brisaient suite à l’infidélité d’un des partenaires qui le dirigeaient. Si notre objectif était de diriger un coven et de développer une tradition plutôt que de rechercher des gratifications personnelles, l’auto-discipline était la seule réponse pratique. Cela n’avait rien à voir avec de la morale ou de la pruderie. C’était du simple bon sens.

3. Les étudiants seraient choisis sur la base de leur sincérité et de leur désir d’apprendre, et non pas sur le fait qu’ils aient une personnalité plaisante, qu’ils disent ce qu’il faut dire en société, qu’ils adhèrent à un parti politique particulier ou qu’ils aient une profession prestigieuse. Pour faire court, nous faisions confiance à nos déités gardiennes pour choisir qui passerait notre porte, et nous acceptions toute personne sincère et prête à travailler si nous le lui demandions. C’était à eux de démontrer par la suite s’ils étaient « convenables » ou « dignes ».

4. Tous les étudiants devraient passer par une période d’entrainement avant d’être initiés. Traditionnellement cette période durait au moins un an et un jour, souvent plus. La formation devint plus codifiée et complexe avec le temps. Et nous insistions pour que tous nos candidats à l’initiation, quel que soit leur degré de pratique et leurs formations précédentes, soient entrainés avec nos méthodes et nous démontrent qu’ils avaient les talents requis par nous avant de pouvoir nous rejoindre officiellement.

5. On attendrait de tous les étudiants qu’ils soient autonomes, financièrement, émotionnellement, magiquement. Tout rituel personnel pour trouver un emploi, un partenaire, de l’argent ou toute autre chose personnelle devait être accompli individuellement et en dehors du groupe. On ne pratiquerait de guérison qu’avec le consentement de la personne ciblée, et idéalement, en la présence de cette personne. Le but de notre cercle était de faire de la magie au bénéfice du groupe et nous ne voulions pas de membres qui se pointeraient uniquement pour que les autres travaillent pour eux.

6. Finalement, nous avons décidé que nous partagerions l’autorité et la responsabilité du coven avec nos initiés. Les initiés Roebuck seraient entrainés spécialement pour pouvoir diriger leurs propres cercles, et devraient se présenter régulièrement aux rituels de pleine lune, de lune noire, et aux festivals saisonniers. Quiconque aurait la responsabilité de diriger un rituel particulier, même si c’était un étudiant, aurait l’autorité de donner à chacun des instructions et des directives durant le rituel. De cette manière, si la personne décidait de partir, elle saurait au moins comment diriger un cercle ou un groupe.

Ainsi, depuis le commencement, nous avons décidé que Roebuck serait une tradition à mystère dédiée à la recherche de la connaissance et du développement magique et personnel, et pas un club de hockey, un salon de thé ou un groupe de thérapie. Le concept semblait simple et logique.

in The Forge of Tubal Cain
© Ann Finnin
Traduit/adapté de l’anglais par Tsukimi

Ayant laissé la tradition gardnérienne derrière nous, il n’y avait rien d’autre à faire que de retourner à la Tradition Américaine pour explorer cette avenue plus avant.

En y regardant de plus près, nous avons découvert que le coeur de la Tradition Américaine était le même Livre des Ombres que celui des Gardnériens. Mais puisqu’on avait dans cette tradition aucun scrupule à altérer les rituels, beaucoup de variations et de pratiques très intéressantes avaient été ajoutées.

Au fil des années, Bill et Helen Mohs avaient fait beaucoup de recherches de leur coté, explorant une grande variété de traditions magiques – herboristerie, Kabbale, Magie cérémonielle, Démonologie. Ils avaient aussi glané un certain nombre d’informations auprès de traditions moins secrètes que celle des Gardnériens. Leur Livre des Ombres, contrairement au Livre gardnérien relativement peu épais, était très volumineux, il contenait des rituels, du folklore, des invocations, des sorts, des ritournelles, des chants, des règles et des conseils que nous n’avions jamais appris d’Ed Fitch.

Très peu de ce matériel était annoté pour en indiquer les sources. Certaines choses étaient de notoriété publique, comme ce qui concernait les herbes, pour d’autres on voyait clairement qu’elles étaient tirées mot pour mot du Livre des Ombres gardnérien ou de livres de magie cérémonielle. Mais nous avons remarqué d’autres choses, des fragments d’une tradition à mystère que nous n’avions jamais rencontrée auparavant, d’étranges enseignements mystiques, indices d’une vision de l’Art très différente de celles que les Gardnériens mettaient en pratique.

Une partie de cette tradition à mystère impliquait de découvrir le nom secret et de communier avec l’aspect sombre ou sage de la Déesse, et ainsi de transcender son propre destin. Ce nom secret était contenu dans un glyphe composé de quatre chiffres : 1, 7, 3 et 4. En résolvant l’énigme de « 1734″, on pouvait découvrir la nature de cette Déesse et s’assurer de Son aide pour maitriser sa propre destinée spirituelle.

C’est ce secret mystérieux, enterré dans les tréfonds du Livre des Ombres de la Tradition Américaine, qui nous a attirés comme un aimant. Il pointait vers un chemin très différent de tout ce que nous avions vu auparavant, un sentier spirituel fait de dévotion personnelle, de principes philosophiques et d’expériences visionnaires plutôt que de sorts, de rituels de sabbat et de règles dogmatiques.

Alors que nous entreprenions la tache consistant à trier ce méli-mélo de matériel, nous apprimes qu’il y avait, outre les Gardnériens, une autre influence de l’Art aux Etats-Unis. Bill et Helen avaient travaillé avec un homme du Midwest qui avait été actif dans l’Art, à la fois enseignant et écrivain, depuis au moins aussi longtemps que les Gardnériens. Cet étrange matériel mystique que nous avions découvert dans leur Livre des Ombres venait de lui. Son nom était Joseph Wilson.

Joe, un personnage brillant mais iconoclaste, n’était pas reconnu non plus par l’organisation gardnérienne officielle, mais arrivait à très bien fonctionner en dehors de ses cercles, en écrivant des rituels, en envoyant des newsletters et en donnant des cours par correspondance. Dix ans après qu’il ait commencé à correspondre avec Robert Cochrane, Joe avait établi une tradition totalement distincte de celle des Gardnériens, issue de ses propres recherches et de matériel de plusieurs autres groupes britanniques, ainsi que de ses lettres de Cochrane et d’un autre homme de l’Art britannique nommé Norman. Il appelait cet ensemble « 1734″.

Ed nous présenta à Joe et nous avons commencé à fréquenter les cercles tenus par lui et sa femme, Mara, dans leur maison située dans une communauté sur une montagne proche, appelée Tujunga. Enfin, nous avons découvert d’où venaient tous ces fragments intéressants disséminés dans le Livre des Ombres d’Helen et Bill Mohs. Notre tache à présent, était de les suivre pour remonter jusqu’à leur source. Joe nous apprit qu’il existait d’autres traditions de l’Art issues d’Angleterre approximativement en même temps que la tradition gardnérienne.

Après l’abrogation des lois sur la Sorcellerie en 1951, un certain nombre de gens en Angleterre se prétendant « Sorciers héréditaires » avaient commencé à surgir d’un peu partout, à écrire des livres et des articles. Nous avons découvert que ces gens clamaient appartenir à des familles sorcières qui avaient conservé certaines pratiques de l’Art secrètes, transmises de génération en génération. C’était cette tradition des « familles sorcières » qui était la source de cette mode chez les gourous sorciers douteux – d’abord en Angleterre, puis aux Etats-Unis – consistant à proclamer que leur tradition était héritée de leur grand-mère.

Les capacités psychiques latentes, fréquemment appelées « Don de Seconde Vue » ou « Clairvoyance » se manifestent souvent comme un trait familial. Comme beaucoup de traits de famille, cela saute souvent une génération et se transmet des grands-parents aux petits-enfants, parfois en ne touchant pas du tout les parents. De cette manière, la tradition familiale est transmise à une nouvelle génération. Pour la plupart des gens, la seule manière d’appartenir à l’une de ces traditions familiales est d’y etre né ou de se marier avec l’un de ses membres. Il devint tout à fait clair pour nous que le matériel des lettres de Cochrane reflétait le fait qu’il avait travaillé au sein de l’une de ces traditions héréditaires.

En plus des lettres que Cochrane lui avait envoyées, Joe avait en sa possession une collection d’essais et de lettres parues dans Pentagram, dans lesquels Robert Cochrane et quelqu’un se faisant appeler « Taliesin » prenaient les Gardnériens à parti dans un débat impitoyable concernant l’authenticité de leurs pratiques, et la sagesse douteuse de ceux qui cherchaient à se faire de la publicité dans la presse. Pour la première fois, nous apprenions que tout le monde, de l’autre coté de l’Atlantique, n’était pas convaincu que l’Art gardnérien était la seule et unique vraie voie.

Dans le numéro de Pentagram d’Aout 1965, Cochrane décrit la Sorcellerie Moderne, particulièrement le mouvement gardnérien, comme « des gens civilisés et sophistiqués qui tournent en rond en affectant de se comporter comme de simples paysans… avec à leur tête une déité qui est la plus douce des femmes, tout le monde l’aime. » Taliesin dit, avec considérablement moins de tact, dans le numéro de Mars 1965, que la tradition gardnérienne était toute « douceur et lumière, couplées avec du bon amusement bien propre, le tout sous les auspices d’une Tantine Universelle. »

Beaucoup de Sorcières Héréditaires dénoncèrent le fait qu’un Gardnérien pouvait apprendre tout ce qu’il y avait à apprendre en quelques mois, passait par trois représentations théâtrales et êtait ainsi qualifié pour diriger un coven. La quête du savoir, maintenaient-ils, était ce qui marquait une véritable « Sorcière », et la tradition gardnérienne en manquait cruellement. Les Gardnériens préféraient rester, selon les termes de Taliesin, « dans la petite maison que Gerald Brousseau Gardner avait construite. »

Les origines exactes de la tradition de Gerald Gardner demeurent sujettes à controverse. A cette époque toutefois, ce qui nous intéressait vraiment, c’était d’avoir réalisé qu’il existait des chemins pour devenir un Sorcier ou une Sorcière, qui n’impliquaient pas de devoir se soumettre à l’autocratie gardnérienne locale, ou de tenter sa chance parmi les groupes fallacieux ou quelquefois frauduleux aux styles de vie dysfonctionnels. « 1734″ était l’un de ces chemins.

1734 avait un charme indéniable, particulièrement pour les Américains, qui ont un penchant pour la rébellion contre l’autorité établie. Depuis la fondation de la hiérarchie de Long Island (ndt: une lignée initiatique gardnérienne aux USA) à la fin des années 60, les Gardnériens s’étaient établis comme le Seul Art Véritable. Dans les années 70, lorsque nous sommes arrivés dans le milieu, la seule manière d’être considéré comme une « vraie » Sorcière était d’obtenir une initiation de cette hiérarchie. Et comme elle ne conférait l’initiation qu’aux personnes qui correspondaient à ses critères et qui acceptaient d’obéir à ses règles, un tas de moutons noirs étaient laissés à la porte.

Il y avait plusieurs moyens pour se sortir de cette situation. L’un des moyens, comme dit plus haut, consistait à lire quelques bouquins, s’inventer une grand-mère, et se poser comme sorcière héréditaire. C’était très facile de faire cela. Vers le milieu des années 70, la quasi totalité du Livre des Ombres gardnérien avait été publiée sous une forme ou une autre. En Angleterre, une version en avait été imprimée sous le nom de Rex Nemorensis dans une publication appelée Earth Religion News, éditée par Herman Slater. Une autre version a été publiée par Llewellyn Books sous le nom « Livre des Ombres de Lady Sheba ».

En Angleterre, une personnage haut en couleurs qui s’autoproclamait Roi des Sorcières, Alex Saunders, a fabriqué sa propre version de l’Art – basé sur la version de Gardner mais avec davantage de magie cérémonielle -, appelée la Tradition Alexandrienne. Saunders fit l’objet de différents livres qui décrivaient ses rituels et les connaissances liées à sa tradition de manière assez détaillée pour qu’il ne soit pas difficile d’en déduire le facsimilé d’un coven alexandrien. Certains covens, comme celui de Cincinnati dont Fred et Martha Adler faisaient partie, avaient à la fois un lignage gardnérien et alexandrien, et combinaient les deux traditions. Et bien entendu il y avait des gens qui pouvaient retracer leur lignée jusqu’à Alex en personne, comme Stuart et Janet Farrar, et qui dirigeaient leurs propres groupes.

Des traditions poussèrent comme des champignons à travers le pays, certaines n’étant guère plus que des clones de la tradition gardnérienne. D’autres prirent simplement la structure gardnérienne du cercle, ses lois, ses rituels, en y ajoutant du matériel supplémentaire glané lors de recherches, d’expériences psychiques, ou dans les mythes et folklores de nombreuses cultures, comme l’Egypte, le monde gréco-romain ou celtique.

Toutes ces traditions avaient leurs adhérents sincères, et il ne fallut pas longtemps avant qu’elles ne soient transmises aux générations suivantes. Tant que personne ne embêtait à fouiller trop profondément dans les antécédents du matériel transmis ou des enseignants eux-mêmes, tout se passait bien. Il y avait cependant toujours quelques personnes pour oser remettre en doute la véracité et l’authenticité de ce qu’on leur avait enseigné. Pratiquement à coup sur, ce qu’ils trouvaient avait un rapport avec une version ou une autre du Livre des Ombres gardnérien.

Sauf 1734. Puisque le corpus de textes de 1734 n’avait jamais été publié par une maison d’édition, la seule manière de mettre la main dessus était d’étudier avec quelqu’un qui, en ce temps-là, était en contact avec Joe Wilson. Toutefois, comme le matériel était rarement recopié en citant ses sources, les gens qui en héritaient de leurs initiateurs se sont souvent sentis libres d’en disposer à leur convenance, en ajoutant des choses qu’ils aimaient bien, en retranchant ce qu’ils n’aimaient pas, en annotant les lettres de Cochrane de références intéressantes mais fallacieuses tirées d’autres sources, en fournissant des explications et commentaires variés sur ce que Cochrane voulait vraiment dire dans tel ou tel passage, ou d’autres manières encore de remplumer le matériel reçu avec des choses qui pouvaient être intéressantes et valables, mais n’appartenaient pas au corpus.

Il fut ensuite facile pour les récipiendaires de seconde ou troisième génération, par ignorance ou pour flatter leur égo, de propager l’idée d’une tradition secrète passée de groupe en groupe par un tout petit nombre d’élus. Ce qui signifiait que si vous aviez le privilège de mettre la main sur le Corpus, vous faisiez partie des élus. Le fait que l’organisation gardnérienne officielle ne vous reconnaisse pas importait peu, ni le fait que votre enseignait ait pu commencer à partir de guère plus qu’une grand-mère fantoche et un livre de Lady Sheba. Vous étiez à présent 1734, quoi que cela puisse signifier.

La triste vérité était bien souvent que cela ne signifiait pas grand chose. Le Corpus 1734, aussi informatif et inspirant fut-il, en disait très peu concernant les rituels exploitables. On ne pouvait pas suivre un document écrit comme pour la tradition gardnérienne. La tradition de Cochrane, extrêmement mystique et visionnaire, dépendait beaucoup de l’expérience de la transe et des voyages hors du corps, du genre de ceux qu’enseignent les chamans. Et les choses étant ce qu’elles étaient à l’époque, très peu de gens avaient obtenu ce type d’informations et de formation.

Le matériel de 1734 s’avéra donc assez inutile pour quelque utilisation pratique que ce soit pour la vaste majorité des gens qui se le procurèrent. Joe Wilson l’a commenté ainsi : « Beaucoup d’entre eux, une fois qu’ils ont eu en main le matériel écrit, ont choisi d’ignorer le but et le contexte dans lesquels il fut développé, au lieu de cela ils se sont mis à courir en le couvant comme un secret précieux, en se berçant de l’illusion que s’ils possédaient ces écrits, ils étaient de véritables sorcières. »

Conséquemment, la plupart des gens mettaient ces textes dans leur Livre des Ombres et n’en faisaient pas grand chose, sauf réciter quelques invocations, phrases, expressions particulières qu’ils contenaient. La bénédiction fameuse et distinctive « FFF » en est un bon exemple. Cochrane l’utilisait à la fin de ses lettres à Joe. C’était une abréviation pour Flags (Eau), Flax (Air) et Fodder (Terre), et cela équivalait à un voeu pour attirer les bonnes choses de la vie. Ces gens qui étaient 1734 utilisaient souvent cette bénédiction plutôt que le Blessed Be gardnérien, comme un genre de code de reconnaissance, puisque seules les personnes possédant le Corpus savaient ce que cela signifiait. (ndt: à un moment donné j’ai croisé certaines personnes qui utilisaient cette bénédiction FFF, assortie d’un dernier (F) pour Fuck, qui est aussi une bonne chose de la vie :})

Au cours de l’assemblage de leur propre version de 1734, Joe et Mara ajoutèrent quelque chose à la mixture, qui rendit finalement le système entier exploitable. Joe avait passé quelques années à étudier avec un psychologue d’une clinique locale, qui avait aussi une expérience de l’hypnose et de la magie. Cette combinaison se révéla puissante. Joe commença à utiliser des techniques d’hypnose dans ses rituels, particulièrement pour induire la transe et délivrer des suggestions post-hypnotiques.

Ceci plus que tout autre chose, fut la clé qui ouvrit les portes de la tradition. L’induction d’un état altéré de conscience, ou de la transe, est vitale pour tout type de travail chamanique. Mais les recherches menées sur ces états de transe révèlent fréquemment l’utilisation de substances hallucinogènes ou d’autres techniques qui impliquent une menace pour la santé et le bien-être. Ces techniques sont certes très efficaces, mais totalement inappropriées pour une personne qui pratique la magie dans un monde hautement technologique, au sein d’une culture exigeante. Il fallait bien trouver un moyen d’induire une transe assez profonde pour permettre un travail psychique intense et signifiant, et pour permettre ensuite aux gens de prendre quand même leur voiture et de conduire pour rentrer chez eux sans aucun problème une fois le rituel terminé.

L’hypnose faisait parfaitement l’affaire. En utilisant des techniques d’auto-hypnose, les membres du coven pouvaient très facilement s’entrainer à entrer dans des états de transe profonde, et à en sortir rapidement en toute sécurité, sans effets indésirables comme la somnolence. Ensuite, en utilisant les suggestions post-hypnotiques appropriées, on pouvait se remémorer les rêves et les expériences visionnaires clairement, et entrer la fois suivante dans l’état de transe avec beaucoup plus de facilité.

Enfin, nous nous sentions en route sur notre propre chemin.

La troisième et dernière chose que nous avons apprise des Gardnériens fut l’importance du lignage. Bien que nous nous moquions des « Gardnériens de race », nous avons graduellement réalisé que la lignée initiatique véhicule une importance qui va au-delà de qui est « légitime » ou qui ne l’est pas. Une initiation valide marquera l’initié psychiquement en tant que membre d’une tradition particulière, et il importe peu que quiconque au sein de cette tradition l’approuve ou même le sache.

Il semble que les gardiens de l’Autremonde d’une tradition reconnaissent les leurs et les appellent. Les gens attirés par cette tradition répondent à l’appel. Pour une raison quelconque, nous n’étions pas faits pour être Gardnériens. Les gardiens de cette tradition le savaient et nous ont sagement interdit d’y entrer, en plus d’une occasion. En nous redirigeant vers Bill et Helen pour qu’ils nous initient plutôt qu’en nous initiant lui-même, Ed nous avait, d’une manière profonde et fondamentale, alliés au lignage morcelé et obscur de 1734 plutôt qu’à celui, plus organisé et plus orthodoxe, des Gardnériens. C’était un véritable chemin et les gardiens le savaient.

Cela signifie-t’il que quiconque hérite d’un Livre des Ombres contenant le matériel 1734 est automatiquement membre de cette tradition ? Pas nécessairement. Etant donné qu’il n’y a pas d’initiation 1734 standardisée, n’importe quel rituel faisait l’affaire pour amener les gens dans cette tradition. Il n’y avait pas de hiérarchie, et donc aucun moyen de vérifier que l’initiateur était « autorisé » à amener quelqu’un dans cette tradition. Et comme le matériel était dispersé par-ci par-là, hériter du Corpus ne signifiait pas hériter de la tradition qui allait avec. Il y a bien plus, dans toute tradition, qu’une pile de papiers couverts de lignes d’écriture.

Ce n’est pas une manière de dire que toute personne pensant être initiée dans la tradition 1734 n’est pas authentiquement ou véritablement initiée. Parmi tous les gens 1734 que nous avons rencontrés et avec qui nous avons travaillé au fil des ans, certains ont hérité de la tradition et n’en ont rien fait du tout. Quelques uns l’ont utilisée comme un trip de pouvoir ou comme une arme à brandir contre quiconque était en désaccord avec eux. Mais la grande majorité avait répondu à l’appel des gardiens avec sincérité, et utilisé le matériel pour approfondir leur propre croissance spirituelle et celle de leurs étudiants au mieux de leurs capacités. Et c’est vraiment ce que les gardiens peuvent demander – et demandent – à chacun d’entre nous.

Notre travail au sein d’un vrai coven 1734 se termina de manière abrupte en Janvier 1976, lorsque le mariage de Joe et Mara vola en éclats, réduisant leur groupe en miettes. Il n’y avait rien que nous puissions faire hormis continuer avec notre propre groupe et travailler par nous-mêmes. Armés d’une copie du Corpus 1734, des techniques d’hypnose de Joe et d’un exemplaire de La Déesse Blanche de Robert Graves, nous avons entamé notre propre reconstruction de la mystérieuse tradition héréditaire de Cochrane, et changé le nom de notre groupe.

Nous l’avons appelé The Roebuck (Le Chevreuil).

Leave A Comment, Written on août 21st, 2011 , Accrochages, Dynamique des groupes, Techniques
in The Forge of Tubal Cain
© Ann Finnin
Traduit/adapté de l’anglais par Tsukimi
 

Toutes les traditions modernes de l’Art, en dépit des mythologies souvent élaborées qui les nimbent, viennent de quelque part. Quelqu’un a fait des recherches en matière de mythologie ou de folklore, quelqu’un a écrit les rituels, quelqu’un a organisé et dirigé l’entrainement des novices. De plus, les traditions sont rarement linéaires. La plupart des meneurs, dans l’Art, ont été influencés, ont reçu des initiations, des ordinations ou des certificats, par des enseignants divers. Après cela, c’est avec beaucoup de recherches, de tâtonnements et d’erreurs, assortis d’une pincée d’intuition et d’une bonne dose de sens commun, qu’ils ont assemblé les morceaux pour former un tout cohérent et exploitable, susceptible d’être transmis à la génération suivante.

Roebuck n’y fait pas exception.

En février 1974, nous avons commencé à étudier chaque semaine avec un homme qui devait rester dans les mémoires comme un héros populaire de l’Art. Nous avons d’abord rencontré Ed Fitch, ancien officier de l’Air Force et Pretre gardnérien du troisième degré, via le chapitre local de la SCA (Society for Creative Anachronism, Société pour l’Anachronisme Créatif). Ed tenait une classe hebdomadaire chez lui, que fréquentaient d’autres membres de la SCA. Nous leur avons emboité le pas en rejoignant ce groupe.

Il n’est pas anodin de noter que la SCA elle-même exerçait une forte influence sur nous à cette époque. Moitié groupe de reconstitution historique, moitié jeu de roles fantastique, la SCA a fourni une importante toile de fond sociale et culturelle à l’Art qui encore à l’état d’oisillon, à la fin des années 60 et au début des années 70. Ses membres étaient pour la plupart des jeunes gens bien éduqués et lettrés, qui avaient en commun un intérêt pour les mythes, le folklore, l’histoire ancienne et médiévale – une sorte de mouvement contre-culturel animé par des idéaux romantiques, assez proche du mouvement Romantique du siècle précédent.

Ces personnes trouvaient dans la SCA, ses tournois, ses banquets, ses guerres et ses festivités, une soupape sociale et un style de vie alternatif qui durait souvent pour eux des années. Des membres finissaient souvent par se marier, et on considérait les autres habitués comme une sorte de famille adoptive de gens sur la même longueur d’onde, où l’on pouvait discuter à loisir de J.R.R. Tolkien, de Star Trek, des anciens mythes égyptiens ou de la légende arthurienne sans passer pour un excentrique, comme cela aurait été le cas avec les gens qui les entouraient dans leur vie quotidienne. Beaucoup de membres de la SCA s’engagèrent dans des recherches poussées sur l’art, la musique, la littérature, les costumes, les usages, etc., afin de rendre les rencontres qu’ils organisaient tout à fait « archéo-compatibles ». (ndt: une expression en vigueur dans le milieu de la reconstitution historique francophone, signifiant qu’on présente des costumes, outils, pratiques et situations d’époques révolues de la manière à coïncider le plus possible avec les découvertes archéologiques les plus récentes, et avec les recherches des historiens). Il n’est donc pas surprenant que dans un tel contexte, ces gens religieusement et spirituellement proches expérimentent des reconstructions d’anciennes fois et d’anciens rituels du paganisme.

Par conséquent, un certain nombre de fois païennes reconstituées, particulièrement celtiques et nordiques, prospérèrent sous l’égide de la « reconstitution historique », et trouvèrent parmi les rangs des membres de la SCA de nouvelles recrues, qui se mettaient à se rencontrer en dehors des réunions de l’association pour pratiquer des rituels et recevoir des enseignements. C’est dans cet environnement que la Sorcellerie gardnérienne se posa sur un sol fertile, tout particulièrement en Californie.

La SCA et d’autres organisations similaires ôtèrent l’Art du royaume de l’occulte ou du New Age pour l’allier étroitement à la science-fiction et au fantastique. Des écrivains comme Marion Zimmer Bradley, Andre Norton et d’autres, suivant les pas de Tolkien, écrivirent des histoires franchement païennes mettant en scène des personnages utilisant la magie et interagissant avec des Dieux Païens, à la fois leurs mentors et leurs adversaires. Ces livres furent estampillés comme relevant du domaine de la « fantasy » et, en tant que tels, furent considérés comme bien plus acceptables socialement que des ouvrages « occultes » – et cela même si certains auteurs employèrent comme source d’inspiration de vieux grimoires consultés au British Museum. L’introduction de thèmes magiques reliés aux Celtes, aux Nordiques, aux Grecs ou aux Egyptiens aida immensément à les populariser et à inciter les lecteurs à les explorer plus avant.

Il y a bien sur eu des critiques, dont certaines étaient justifiées, accusant la SCA de vouloir blanchir l’Art, le rendre romantique, en ignorant ses aspects plus sombres, ce qui lui donnait un aspect superficiel, totalement incompatible avec les problèmes qu’une personne normale pouvait rencontrer dans sa vie quotidienne. La religion païenne y était parfois traitée comme un genre de jeu de rôles Donjons et Dragons, dans lequel les gens créaient des costumes élaborés, employaient tout un ensemble d’outils magnifiques comme des épées ou des calices, et s’engageaient dans des rituels complexes, durant lesquels ils invoquaient et communiaient avec des Dieux fantastiques, des créatures mythiques et des esprits.

Pour beaucoup de gens il était difficile, voire impossible, de faire passer ce type de religion dans leur vie de tous les jours, le monde du travail, des finances, des responsabilités familiales ou des problèmes civiques ou communautaires. Certains dévots réglaient ce problème en abandonnant complètement leur vie profane. Ils occupaient des emplois abrutissants, qui leur fournissaient le strict nécessaire pour répondre à leurs besoins essentiels, et hormis cela, ignoraient tout ce qui pouvait avoir le moindre rapport avec la vie de tous les jours. Chaque instant de loisir, ils le consacraient à des réunions, des cercles, essayant désespérément de prétendre que la vie quotidienne n’existait pas, jusqu’à ce qu’une crise professionnelle ou familiale rende la chose impossible.

D’autres développèrent un genre de double personnalité. Un moitié d’eux portait leur nom légal, travaillait et fonctionnait dans le monde au mieux de ses possibilités, et leur autre moitié, sous un autre nom, fonctionnait au sein de la communauté de l’Art d’une façon ou d’une autre. Cette stratégie prélevait évidemment son du. Il fallait beaucoup d’énergie pour séparer ses deux identités afin que les amis et les associés de l’une ne découvrent pas la vérité concernant l’autre, particulièrement si l’identité quotidienne occupait un emploi qui la ferait paraitre ridicule dans les cercles de l’Art. Le résultat de cette intense ponction des ressources psychologiques et psychiques était souvent l’abus de médicaments ou d’alcool.

Toutefois, en dépit des inconvénients, cette alliance de l’Art à la science-fiction et à la fantasy eut le mérite de le placer dans son propre contexte historique et culturel – non pas en tant que rebelle opposé au christianisme, mais en tant qu’ancêtre du christianisme. Au moins, cette représentation de l’Art aidait à attirer vers lui des personnes aux motivations positives (en savoir plus sur la Déesse et les Anciens Dieux) plutôt que négatives (s’enrichir ou détenir un pouvoir sur autrui grâce à la magie).

Ce fut donc au sein du coven officieux d’Ed Fitch, avec ses jeux de capes romantiques, ses épées et sa galanterie de cour, que nous avons appris les bases des rituels de l’Art. Au départ, cela consistait surtout à suivre un document écrit. Bien que Roebuck ait plus tard abandonné presque tout rituel écrit, le travail à partir de documents, agissant comme une roue d’engrenage, était inestimable en e temps-là. Nous avons appris grâce à ces textes ce qui constitue un rituel, comment en construire un, quelles en sont les différentes parties et comment les assembler en un tout.

Un rituel écrit précise la manière dont les gestes et les postures peuvent être utilisés pour que le rituel reste fluide et ne s’enlise pas, ou ne s’arrête pas de manière impromptue. De plus, cela encourage les participants à se concentrer sur ce qui est fait ainsi que sur l’effet de chaque geste ou discours sur celui qui les accomplit et sur les autres participants. Enfin, cela permet aux participants, surtout ceux qui sont inexpérimentés, de se rappeler de la suite du rituel et de ne pas oublier quelque chose d’important.

Les rituels écrits d’Ed étaient beaux et pleins de poésie. Il les considérait malgré tout comme des indications plutôt que comme de Saintes Ecritures, et il permettait aux mots de servir d’inspiration pour nos propres pensées. Il n’insistait jamais pour que nous les récitions à la lettre. Plus notre confiance grandissait, plus notre capacité à parler en suivant notre inspiration tout en accomplissant des actes rituels se développait. Tout particulièrement pour les invocations des Quarts, qui furent d’abord lues, puis mémorisées, puis sujettes à improvisation. Puis, graduellement, nous avons acquis la connaissance des différentes étapes rituelles et la capacité d’improviser sur le moment de grands discours, comme en suivant une inspiration poétique. Rapidement après cela, nous n’avons plus rien lu du tout et les rituels entiers furent improvisés, avec simplement quelques lignes écrites pour référence.
Lancer des sorts était également un moyen très utile pour apprendre comment construire des rituels. Décider du but, des symboles à utiliser dans le monde physique pour correspondre à ce que l’on veut faire dans l’astral, et de la manière de « fixer » le sort en guise de clôture, constitue un mini rituel en soi. Avec Ed, nous préférions créer nos propres sorts plutôt que de nous référer à un livre de recettes. Les sorts personnalisés étaient non seulement bien plus efficaces, mais également plus amusants. De plus, nous avons constaté que les mêmes techniques étaient utiles à plus grande échelle, en groupe, pour que chacun se concentre sur un symbole physique comme une corde à nouer, un objet à brûler dans un feu, une ritournelle à réciter, des chants brefs…
Sur le plan plus ésotérique, c’est grâce à Ed que nous avons appris à la base à explorer nos vies passées, la nature du lien qui nous unissait tous les deux (ndt : je suppose qu’Ann Finnin parle ici de son lien avec Dave Finnin, son mari) , et les lieux nous avions existé en tant qu’individus. L’acceptation de l’idée de réincarnation constitue une part très importante de l’entraînement dans l’Art. Cela donne à l’étudiant un sentiment de continuité dans son développement magique, l’impression d’avoir déjà fait cela avant et de reprendre là où il s’en était arrêté par le passé. C’est également vital pour enseigner la responsabilité éthique et tout ce qui concerne la loi du triple retour. Si ce que vous envoyez ne vous revient pas trois fois dans cette vie, ce sera pour la prochaine, ou celle d’après. Le grappin nous est toujours mis dessus, si je puis dire, même si on laisse son corps physique derrière soi.
Nous avons appris d’Ed bien d’autres choses qui concernaient moins les techniques et l’information, que l’attitude globale à entretenir envers l’Art, des enseignements qui plus tard devaient guider la course du Roebuck. C’est pendant que nous étudiions au sein du groupe d’Ed que nous avons pour la première fois entendu parler de ce que nous appelâmes le Mythe Gardnérien de l’Art – à la base glané dans les livres de Gardner, puis divers écrivains et apologistes ont brodé sur le sujet. Bien que nous l’ayons d’abord entendu de la bouche de Gardnériens , nous avons bientôt découvert que même les non Gardnériens, et surtout les néophytes, adhéraient à cette histoire sans se poser de question et la transmettaient à d’autres gens. L’histoire telle que nous l’avons entendu ressemblait à ceci :

« L’Art tel qu’il est pratiqué par les Gardnériens consiste en une tradition de vénération de la Déesse qui s’est transmise de manière ininterrompue pendant des siècles, passée en secret d’une Grande Prêtresse à une autre depuis le Moyen-Age sous la forme d’un Livre des Ombres. Ce Livre a été remis dans les mains de Gerald Gardner qui a été initié par une Grande Prêtresse nommée Old Dorothy, à New Forest. Ce Livre a été confié par la suite à Ray et Rosemary Buckland, qui furent autorisés à l’emporter aux Etats-Unis. Le Livre des Ombres ne peut être altéré en aucune manière, même pour corriger une faute de grammaire évidente, et ne peut être transmis qu’à des personnes gardnériennes initiées de manière correcte dans un cercle magique. »

Ce mythe avait comme résultat que seules les personnes pouvant retracer leur lignage initiatique jusqu’à Ray et Rosemary Buckland étaient considérées comme de « vraies » sorcières aux yeux de bien des covens gardnériens américains. Quiconque ne remplissait pas cette condition, quelle que soit sa tradition, quel que soit son degré de pratique, était considéré comme inadmissible et traité en étranger. Les membres de certains cercles gardnériens dont on doutait du lignage se voyaient parfois interdire l’accès aux rituels de qui que ce soit d’autre et étaient souvent invités à rester hors du cercle durant les rassemblements publics pour se contenter de regarder.
Il convient de souligner que la promulgation de cette histoire et l’insistance sur l’exclusion des étrangers n’était pas due à l’ensemble des Gardnériens. En fait, beaucoup de Gardnériens des deux côtés de l’Atlantique ont travaillé dur et longtemps pour dissiper ce mythe et découvrir les véritables antécédents de Gardner et d’Old Dorothy. Beaucoup de covens ont depuis mis à jour leur Livre des Ombres, ont fait des corrections, des ajouts, ou des retraits lorsqu’ils découvraient qu’une partie de ce matériel ne marchait pas, n’était pas authentique, pouvait présenter un danger, etc.
Au fil des années, il apparut de plus en plus clair qu’une lignée particulière de Gardnériens, fondée par un coupe de New York, répandait cette histoire particulière et avait tendance à attirer et garder les gens qui avaient un fort besoin psychologique d’appartenir à la Seule et Unique Vraie Tradition de l’Art. Cela nous a causé des problèmes lorsque nous avons souhaité être initiés. A cette époque il n’y avait qu’un seul coven Gardnérien, appartenant à cette lignée, dans la région de Los Angeles. Il nous fallait soit rejoindre ce coven-là, soit aucun.

Ed, bien qu’il soit troisième degré gardnérien bona fide (« de bonne foi ») de cette Lignée de New York, n’avait pas de Grande Prêtresse du troisième degré à cette époque. Il n’était donc pas autorisé à mener un coven gardnérien légitime, ni accomplir de vrais rituels gardnériens. Tout ce qu’il pouvait faire, selon les règles gardnériennes , c’était tenir une « cour extérieure » (outer court). Il ne pouvait pas nous initier ni initier qui que ce soit, dans la tradition gardnérienne de manière valide.

Une alternative s’est toutefois présentée. Un coven qui pratiquait ce qu’on appellait la Tradition Américaine (Amtrad), aujourd’hui connue sous le nom de Tradition Mohsean, se trouvait dans les environs. Le couple qui dirigeait ce groupe, Bill et Helen Mohs, avait des liens avec un groupe à Cincinatti, dans l’Ohio, qui pratiquait un mélange d’Art gardnérien et alexandrien. Le coven qu’ils avaient était grand, ouvert, bigarré et amical. De plus ils voulaient bien nous accepter sur notre simple bonne foi et consentaient à nous donner l’initiation au Premier Degré sur la simple recommandation d’Ed.

En 1974, à Lammas, nous reçûmes une initiation au Premier Degré lors d’un rituel qui, nous devions le découvrir plus tard, était strictement identique à celui d’un Premier Degré Gardnérien. Cependant à l’époque, la signification de l’initiation que nous avions reçue n’était pas certaine ; nous n’étions toujours pas acceptés comme légitimes par les Gardnériens locaux, ni autorisés à assister aux rituels « réservés aux initiés ».

Cela semblait particulièrement injuste dans la mesure où le couple qui dirigeait ce coven avait été également initié par Bill et Helen, quelques mois seulement avant nous. Puis la femme avait voyagé à New York, où elle avait reçu les trois degrés gardnériens en l’espace d’un week end. Retournée à Los Angeles, elle fonda son coven gardnérien, avec pour bagages une expérience et un entrainement pas plus avancés que les nôtres.

Lorsque nous avons exprimé notre opinion sur le sujet, cette Grande Prêtresse fit pression sur Ed pour qu’il arrête de nous enseigner. Nous ne voulions pas lui causer de soucis, alors nous avons accepté de cesser d’assister à ses cercles. Ed qui à cette époque avait de jeunes enfants à charge, nous orienta vers un couple parmi ses autres étudiants, pour qu’ils continuent notre formation. Bill Mohs nous donna le Second Degré de la Tradition Américaine. Après cela, nous nous sommes mis en route avec entrain, par nos propres moyens, pour voir ce que l’avenir nous réservait.

Nous ne sommes pas restés longtemps à l’écart. D’autres enseignants apparurent pour nous guider un peu plus loin sur le chemin de l’Art Traditionnel. Fred et Martha Adler avaient été membres du coven Alexandrien/Gardnérien de Cincinatti et avaient initié Bill et Helen Mohs. Ayant cessé de diriger leur coven, les Adlers nous prirent sous leur aile et nous enseignèrent un peu plus, mais nous conseillèrent également d’oublier complètement l’idée de rejoindre le coven de quelqu’un d’autre, pour créer le notre. Ils furent le parrain et la marraine de notre premier coven, en 1975 – nommé de la manière suivante, aussi peu inspirée que précise : « Le coven d’entrainement de Pasadena ». Finalement, les Adlers nous ont donné le Troisième Degré de la Tradition Américaine.

Nous sommes rapidement devenus actifs au sein de la communauté locale de l’Art. Nous avons aidé à coordonner des rituels publics avec un groupe nommé Quintella, et signé la charte originale de Covenant of the Goddess en 1975 en tant que Coven d’entrainement de Pasadena. Tous ces travaux communautaires nous ont permis de découvrir qu’il existait plusieurs covens dans notre région, qui fonctionnaient totalement bien et avec bonheur en dehors de la hiérarchie gardnérienne. Nous avons assisté à plusieurs de leurs rituels, souvent deux ou trois fois par semaine. D’eux, nous avons appris quoi faire lorsque nous aurions à organiser notre propre cercle, et à plusieurs occasions, nous avons également appris des leçons non négligeables sur ce qu’il ne fallait pas faire.

Même si le système gardnérien nous fermait encore la porte de la plupart de ses travaux internes, nous avons aussi appris d’eux nombre d’enseignements précieux. Avec tout leur dogme et leur rigidité, les Gardnériens avaient une structure et une discipline dans le cercle qui assuraient que la tradition qu’ils pratiquaient resterait plus ou moins cohérente d’un coven à l’autre. Une fois qu’un Gardnérien avait reçu son Premier Degré, il pouvait voyager d’un coven à l’autre et ne pas se sentir dépaysé par le déroulement des rituels. La façon de tracer le cercle, les méthodes pour élever le pouvoir, les noms des Dieux et des Déesses, tout semblerait familier, permettant à l’initié de participer à la magie aussi pleinement que la personne habituée à fréquenter ce coven depuis des années.

La hiérarchie gardnérienne souvent basée sur la politique, si souvent décriée, avait une utilité. Elle assurait qu’un semblant de suivi et de responsabilité se maintienne dans et entre chaque coven. Dans un cercle gardnérien, une personne – habituellement la Grande Prêtresse – était responsable. Chaque membre du coven savait qui l’avait initiée, d’où venaient la formation dispensée par elle et les informations qu’elle donnait. Chacun savait pouvoir, en théorie, faire appel à son initiateur en cas de dispute ou de problème.

Dans d’autres traditions plus éclectiques, chaque coven faisait à sa guise, ne répondant à personne d’autre que lui-même, et ne laissant aucun recours à ses membres en cas de dispute. Le manque d’information et l’absence de responsabilité encourageaient la créativité et l’innovation d’un coté, et menaient à des abus de l’autre, particulièrement dans le domaine de la formation et des certificats. Si l’on se disait Gardnérien, on était à meme de le prouver en montrant des papiers concernant son lignage. Ces lettres de créance ne disaient rien de la personnalité ou des connaissances d’un individu, mais elles disaient au moins qu’il avait reçu, même de manière rudimentaire, une formation dans la tradition gardnérienne, et que quelqu’un l’avait reconnu Gardnérien.

Dans les traditions éclectiques, n’importe qui pouvait se réclamer de n’importe quoi sans aucune preuve pour étayer ses dires. Et si des étudiants étaient prêts à y croire, on pouvait leur enseigner toutes sortes de choses étranges au nom de l’Art. Ces comportements ont abouti à toute une série de gourous sorciers autoproclamés qui avaient lu quelques livres sur le sujet et s’étaient présentés d’emblée comme enseignants, en disant à leurs étudiants qu’ils tenaient leurs connaissances de leurs grand-mères. Cette pratique était si répandue que « Ma grand-mère me l’a enseigné » devint un cliché. Les seuls qui ne trouvaient pas cela amusant étaient les infortunés étudiants qui avaient mordu à l’hameçon et découvraient plus tard qu’ils s’étaient faits avoir.

Le matériel d’Ed Fitch en particulier, a été utilisé de cette façon. Il avait écrit son Outer Court Grimoire and Book of Shadows pour qu’il parvienne à quiconque le demandait, via le magazine Crystal Well. Comme il mit toutefois des années avant d’etre publié, les gens qui n’étaient pas familiers de Crystal Well n’y avaient pas accès. Un enseignant peut scrupuleux pouvait (et dans au moins deux cas cela se produisit) mettre le grappin dessus et, sachant que ses étudiants ne le trouveraient pas en librairie, raconter ce qu’il voulait concernant sa provenance.

Effectivement, au fil des années, nous avons accueilli un certain nombre de personnes venues de toutes sortes de groupes, qui reconnaissaient le matériel de l’Outer Court d’Ed Fitch comme le Livre des Ombres « secret » que leur enseignant présentait comme hérité de sa grand-mère.

Nous avons décidé que, puisqu’Ed Fitch était la grand-mère de tout le monde, il serait la notre aussi.

 

Le Sentier initiatique : La Quintuple Structure de la Voie Sorcière.
© 2005 by Robin Artisson, traduit de l’anglais par Tsukimi.
Extrait de « The Witching Way of the Hollow Hill”

La plupart des gens comprennent que pour prétendre appartenir à un « groupe » de sorcières traditionnelles, on doit impérativement passer par une période d’apprentissage, rejoindre un ensemble de personnes, y avoir un garant, et être initié. C’est ainsi que fonctionnent beaucoup de groupes modernes.

Je pense que c’est une formule très problématique, cependant, dans la mesure où la plupart des gens ne voient pas plus loin que cela. Ils se mettent en quête de groupes ou les rejoignent pour en devenir des membres à part entière, mais les groupes ne font pas les sorcières ou les mystiques ; c’est le Destin qui fait les sorcières et les mystiques.

Cette formule standard consistant à « intégrer le groupe » ne prend aucunement en compte le fait que le véritable objectif des « Groupes Traditionnels » n’est pas de bâtir une communauté et de partager des rituels. Le but d’un groupe spirituel sérieux est d’atteindre la Sagesse et l’Illumination. Aucun sage, aucune personne qui pense, ne prétendra jamais que l’Illumination et la Sagesse viennent UNIQUEMENT de l’appartenance à un groupe spécifique.

En vérité, l’Illumination et la Sagesse viennent de l’Ame du Monde elle-même, des mondes Invisibles, des Etres Spirituels, d’autres forces mystérieuses, et elles viennent de l’intérieur.

Les « groupes » ne font que parler un langage symbolique, dans l’espoir de canaliser ces choses-là. Les « groupes » ne produisent pas la Sagesse et l’Illumination, ils ne peuvent pas le faire, ni promettre de manière certaine que leurs membres les atteindront. Les groupes peuvent avoir quelques utilités, mais s’ils ne sont pas rejoints par des membres déjà conscients de l’origine profonde de la Sagesse, ils ne peuvent qu’échouer en tant que groupes, pour les mêmes raisons qui expliquent l’échec graduelle des églises exotériques.

Devenir une Sorcière Traditionnelle ou un Initié des Mystères implique une période d’apprentissage. Il y a des garants et des initiations. Mais tout cela ne vient pas uniquement des groupes. Pour comprendre comment tous nous prenons part à ces choses, nous devons en comprendre la structure profonde.

La Période d’apprentissage peut avoir lieu uniquement entre une personne et sa contrée en elle-même ; le groupe que vous rejoignez, c’est le Peuple Pâle, ou le Peuple Caché, les habitants du Monde d’En-bas ; votre propre dévotion à l’Invisible et le poids de votre propre coeur se portent garants pour vous, et le coeur d’une initiation authentique se produit de façon complète dans le Monde d’En-bas, qui se trouve aussi, simultanément, en vous.

Certaines organisations essayent de prendre le contrôle de ce processus, agissant comme s’ils en étaient les « gardiens » ou les « enseignants », mais je crois que c’est, au mieux, hasardeux ; cela conduit souvent à un certain abus de pouvoir et à un égocentrisme néfaste qui fait plus de mal que de bien. Aucun groupe n’est supposé se préoccuper uniquement de membres, de titres, des dirigeants et de leurs activités, il doit être question du Grand Destin de l’Illumination. Tous les membres d’un vrai groupe se réclamant de l’Ancien Rite vont chercher à se débarrasser de leurs titres terrestres, de leurs identités et de leurs pouvoirs en les jetant dans la grande Ténèbre de la Sagesse, loin en dessous ; tous sont submergés du désir singulier de l’Illumination des Mystères, claire et sombre à la fois, et de la parenté des puissances de la Terre.

Le véritable « groupe » est un ensemble de gens dotés d’une certaine humilité, qui sont en quête d’une source commune d’éternité, mûs par une soif commune – une soif de l’Autre et de l’Illumination, pas une soif de pouvoirs temporels et de charges médiocres. Ils protègent leur Terre et les vraies clés de la Sagesse car ils ont tout abandonné pour elles, et tout reçu en récompense ; pas parce qu’ils désirent jalousement garder un pouvoir au secret dans un coffre-fort.

Ils connaissent les conséquences désastreuses de l’égocentrisme, ils savent comment l’humain égo-centré, affamé de pouvoir, détruit la Terre, abuse de son pouvoir et d’autrui ; c’est pourquoi le sentier est enténébré par le secret, il n’y a nulle autre raison. Ceux qui sont purs de coeur, prêts à tout jeter au loin pour la sagesse qui vient du Monde d’En-bas, prêts à se sacrifier eux-mêmes pour l’Amour de la Terre, ils sont accueillis au sein du groupe et on leur présente ses mystères. Il n’y a pas d’autre qualification. C’est un amour étrange, un désir étrange, que les Anciens utilisent pour attirer les gens vers les voies de l’Art Occulte. Les sorcières humaines ne peuvent et ne doivent se mettre en travers du chemin, car en faisant cela, elles trahissent leur véritables rôles de gardiennes.

Les initiations « extérieures » que les gens accomplissent dans les groupes sont supposées être de simples représentations d’une structure de Transformation immense et intemporelle, des réalités immenses et intemporelles qu’aucun être humain ou aucungroupe ne peut prétendre monopoliser, puisqu’elles sous tendent toute oeuvre d’art, toute structure, toute inspiration.

Le Sentier initiatique, dans le folklore traditionnel, et (plus généralement) dans la Tradition Occidentale du Mystère, comprend plusieurs étapes, qui se manifestent sous formes d’événements extérieures, mais sont des réalités primordiales du Monde Intérieur :

1. « Tendre la main » vers les pouvoirs du monde invisible ; « l’imploration » à la Colline Creuse ou au Mont des Fées, une étape durant laquelle les limites de l’être humain sont définies par la perception et la compréhension, et le « saut de l’ange » ou le « désir de l’au-delà » sont ressentis, exprimés, de l’humain vers ce qui est au-delà de l’humain ; c’est l’expérience de la Terre ou du Sol.

2. La période d’ « un an et un jour » (ou une période de temps fixée à l’avance) de croissance intérieure, ou d’ermitage spirituel, ou la période de mise à l’épreuve ; parfois aussi l’instruction par des entités de l’Autremonde ou par leurs représentants ; l’air tournoie et communique le savoir.

3. La descente dans la Caverne de l’Eau Noire et des Deux Torches, ou la Chambre d’Initiation (la chambre ou caverne d’Enody ou Zerinthia) vers la source, ou vers la présence de l’Initiatrice du Monde Intérieur/Monde d’En-bas, la Femme Pâle sous la Colline, Reine des Prairies d’Elphame. Elle apporte la mort de l’égo (habituellement traumatisante) au candidat, et lui confère une nouvelle naissance dans le Monde Intérieur, la purification et la régénération (qui à ce stade est largement inconsciente en termes de profondeur et d’effet, mais qui s’avère nécessaire pour les transformations qui suivront ; elle grandit d’elle-même en de nouvelles compréhensions sur le long terme.)

Cette étape représente la première « intrusion » ou « apparition » des forces extérieures appelées par l’initié au tout premier stade. Leur apparition même met tout « sens dessus-dessous », détruit et transforme toutes choses. Plus rien ne sera jamais identique après ce contact initial avec les forces trans-personnelles. C’est l’initiation du Monde d’En-bas durant laquelle les vieilles structures de pensée et de vie sont détruites, pour laisser place à de nouvelles et meilleures structures. La personnalité de l’initié en est altérée pour toujours, il devient meilleur, plus sage, capable d’expérimenter la vie d’une nouvelle manière. C’est la descente dans les eaux sombres d’en-dessous.

4. La rencontre avec le Diable ou le Gardien de l’Autremonde, et le Jugement, suivi par l’octroi d’un premier stade de Transformation. C’est l’éveil du Familier, au seuil de l’âme, là où le Puckerel, l’Esprit Familier ou « l’Animal de Pouvoir » est identifié ou offert. C’est l’émergence de la nature humaine et de la nature animale ; c’est aussi une arrivée plus profonde des forces extérieures appelées par l’âme de l’initié. C’est l’amadou du Feu Matois.

5. La rencontre avec l’Amant de l’Autremonde (Fetch Mate), le Congrès des Incubes et Succubes, le Mariage Féerique entre le mortel et l’immortel, ce monde et le suivant, l’âme et l’esprit, ou le sacrement de la « Chambre Nuptiale » des Gnostiques ; c’est la culmination ultime de la chaîne divine des évenements suscités par l’appel de l’initié, le mélange et l’union de la nature humaine équilibrée (un équilibre atteint par l’union avec le Puckerel), et la nature divine. C’est le « mystère invisible », ou l’esprit-essence de toute chose.

C’est étrange, mais vrai : même si l’initié(e) « voyage » jusqu’aux lieux où ces forces intéragissent avec lui ou elle, son appel originel suscite une réaction en chaîne, des événements qui semblent mener sans qu’on puisse y échapper vers ces êtres ou ces forces – ainsi, ce qui ressemble à une quête personnelle est tout sauf cela, ce n’est même pas une invocation ; ce sont réellement ces forces qui VIENNENT VERS l’initié.

Seul l’égo du prétendant ou du demi-sage le perçoit comme un effort fait par l’initié pour les « atteindre », en fait, quand l’initié voyage vers la réalité, la réalité voyage vers lui.

Les Grandes Forces répondent. Le but du « temps d’apprentissage » est de montrer à l’initié comment se rendre attentif à leur réponse – c’est pourquoi on enseigne les techniques de transe et de modification de conscience à ce stade. Après ce point, tout ce qui arrive à l’initié est en réalité une réponse de l’Autremonde, et c’est ce que l’initié finira par comprendre.

Une fois ces cinq étapes achevées, le « Destin » de la Sorcière ou de l’Initié est transformé, altéré en un nouveau sentier de croissance intérieure qui suscite une route inconnaissable, vers une nouvelle condition, au-delà de cette vie (et au-delà de la mort du candidat).

L’itinéraire de cette condition nouvelle est la Troisième Route qui mène à Elfland, la destination est la Maîtrise, la Métamorphose en Fée/Esprit ou la Transformation Immortelle au sein de la Mesnie Occulte, le Grand Arroi.(Ndt : j’ignore quelle est la traduction exacte de Grand Array, s’il y en a une, mais je sais qu’Array et Arroi sont interchangeables en ancien français ; le grand arroi évoque un grand apparat, une abondance de bien ostensible, souvent liée à un déplacement de cour à cheval. J’ai donc opté pour cette traduction, mais j’avoue ignorer l’existence d’une expression idiomatique française pour désigner le même élément de folklore.)

Durant le reste de la vie d’un initié, les effets de ces cinq expériences, et les transformations profondes qui les suivent, font éclore la Sagesse dans l’âme du candidat (l’âme est désormais unie à l’Esprit). Il s’ensuit que les modes de perception et de compréhension spéciaux s’ouvrent (graduellement) à lui, qui sont la source de bien des capacités mythiques notamment de clairvoyance.

Les capacités « magiques » (je déteste utiliser ce terme) sont aussi parfois gagnées, bien que ce soit une idée beaucoup plus poétique que ce qu’exprime le terme « magie ». La connaissance et la Sagesse réelle, l’expérience directe du Monde Invisible et la capacité de « tendre la main » vers les profondeurs ou vers le soi, pour toucher la réalité extra-sensorielle, confère ce qui ressemble à des « pouvoirs » ou des capacités d’influencer et de comprendre certains événements de la vie.

Mais c’est juste un pan minuscule d’une croissance plus grande.

La structure initiatique quintuple conduit à la transformation intérieure, une « bifurcation », du chemin droit de la personne lambda, qui se déplace lentement dans le temps du Destin, vers le Chemin Biscornu, ou Troisième Route Occulte, qui consiste à atteindre une « Seconde Destinée ». C’est un processus très subtil, qui ne se fait pas en une nuit.

Cette structure s’imbrique dans les oeuvres du cosmos lui-même ; nous pouvons le déceler en nous-mêmes et dans la Nature -le gland, arraché par la traction du Destin et de la Nature, tombe de son arbre d’origine dans le Monde d’En-bas, et lorsque des forces extérieures tendent la main vers lui ( la lumière, et l’eau du dessus), il germe et grandit pour devenir un nouvel être – la fertilisation se produit à l’intérieur de la graine, mais est stimulée par les forces extérieures.

En fait, même les forces « extérieures » font partie du tout de la réalité, dont la graine peut se sentir séparée par ignorance – mais la vérité se trouve dans l’Holisme. Le gland est il allé vers le sol, ou le sol est-il allé vers le gland ? Ces deux choses se sont produites à la fois. Il n’y a qu’une seule réalité, un seul système, une seule chaîne de Destin. La lumière du soleil et l’eau ont-elles atteint le gland, ou est-ce le gland qui les a atteintes ? Ces deux choses se sont produites à la fois. Ne laissez pas les fausses divisions entraver vos capacités à déceler la vérité de l’Holisme.

On peut alors sagement demander : « la chaîne entière a-t-elle commencé lorsqu’un initié a décidé de lancer la première imploration vers les forces au-delà du soi, ou cette décision et cette imploration sont-elles venues d’un autre lieu pour rencontrer l’initié ? » Quand vous pourrez répondre à cette question, alors vous verrez comment le Destin appelle toute chose à être initiée et transformée au final, sans aucune exception.

Cette structure entière peut se réaliser au sein de groupes de travail qui ont les moyens et la compréhension requis pour susciter REELLEMENT ces cinq transformations, mais (quel que soit le symbole que les gens utilisent pour les représenter) elles ne sont pas physiques, elles sont internes, des mystères de l’Autremonde qui émergent au travers de toutes choses.

Elles viennent de l’Invisible. Un groupe est en effet très spécial et unique s’il peut vraiment apporter ces transformations d’une manière directe et systématique – la plupart des groupes ne le peuvent pas, parce que 99% des gens n’ont pas dépassé la première ou la seconde étape du sentier initiatique. La plupart des gens qui se réclament de l’occultisme n’ont même pas franchi le premier seuil. Heureusement, on peut parcourir toute cette route seul. En fait, même si vous ne l’aviez pas encore réalisé, vous êtes sur le chemin, que vous apparteniez à un groupe ou non.

Les groupes qui vous disent le contraire essayent juste de capter votre argent ou votre obéissance, ou les deux. Je ne dis pas qu’un groupe de gens humbles, poètes et mystiques, doit être évité si vous en trouvez un ; mais je vous souhaite bonne chance pour en trouver un. Les sages font bien de se regarder eux-mêmes, à l’intérieur et au-delà, pour saisir l’émergence de cette structure. Le simple fait de regarder, montre que le processus est en cours.

Leave A Comment, Written on août 21st, 2011 , Dynamique des groupes, Rôles

Un Esbat de Sorcières
Robert Cochrane
Extrait de The Roebuck in the Thicket (le chevreuil dans le bosquet)
Publié pour la première fois dans New Dimensions (numéro de Novembre 1964).
Traduit et adapté de l’anglais par Tsukimi.

Cet article traite d’une véritable rencontre sorcière ; le récit combine des faits réels et des faits inventés, car le rituel intégral ne peut être décrit. Les formes reproduites ici correspondent à celles utilisées par les sorcières de Warwickshire. L’auteur a aussi tenté de décrire précisément, mais sans exagération, ce que l’on ressent réellement lorsqu’on accomplit ce type de rituel, qui ne correspond pas à ce que l’on présente au public comme de la sorcellerie, mais qui demeure néanmoins pratiqué par certaines familles depuis des siècles.

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Il fait froid, une brume vaporeuse monte de l’herbe humide tandis que nous marchons à travers champs pour atteindre les grottes. Au-delà des collines, quelque part à l’ouest, un renard glapit son mépris envers nous, les intrus du monde nocturne. Dans le monde silencieux d’Hécate, un million d’insectes tissent leurs petites toiles du destin. Nous nous sentons comme des envahisseurs venus d’une ère plus brillante, nous marchons avec prudence, nous franchissons sans bruit les haies où rien ne bouge. Dans le sac à dos de Peter, le chaudron tinte légèrement lorsque l’un des couteaux le heurte. Il s’arrête pour répartir un peu mieux sa charge, puis nous désigne un endroit sur la colline aux formes indistinctes. Le vent s’engouffre dans les feuilles et les entrechoque tandis que nous entamons notre ascension vers les cavernes.

Nous sommes sept, six hommes et une femme, nos pieds dérapent sur l’herbe rendue glissante par la rosée nocturne et par des insectes qu’il vaut mieux ne pas évoquer, notre propre poids nous fait nous enfoncer dans le sol détrempé. En bas, dans la vallée, les représentants du XXème siècle parcourent les routes sombres à toute vitesse, leurs phares tranchent la nuit pendant un bref instant, puis s’évanouissent, emportant avec eux une pulsation de vie mécanique. Dans la pâle lumière lunaire, nous pouvons discerner les effondrements rocheux qui cachent les grottes. Notre guide s’arrête, puis fait un tour et revient vers nous. « Faites très attention où vous mettez les pieds, le flanc de colline est irrégulier. » Dans la lumière de la lune, les traits de son visage sont vagues. Joan se rapproche et prend ma main, et nous avançons prudemment dans les ténèbres. Des rafales de vent nous fouettent, et à notre gauche, une sensation de vide se précise de plus en plus ; puis nous sortons du vent, et nous nous retrouvons à l’abri des pierres.

Arthur, notre guide, semble soudain disparaître dans le jaillissement blanc d’une lampe de poche, puis il nous semble entendre sa voix sous le sol, faible et étouffée. « C’est bon, vous pouvez descendre. » Un par un, mes compagnons descendent par l’entrée de la caverne, glissant sur la craie mouillée. Joan s’accroupit joliment et nous suit, en tenant toujours ma main pour garder l’équilibre. Je glisse à sa suite dans la grotte. Nous nous remettons d’aplomb et nous tenons debout, nous allumons les lampes-torches pour la première fois depuis que nous avons entamé notre longue marche. La lumière miroite sur les parois humides de la caverne et dans les flaques d’eau de chaux sur le sol. Hors du vent et sous terre, le silence est soudain oppressant, puis tout le monde commence à parler en même temps, nous nous déchargeons de la tension engendrée par la marche et la peur de l’inconnu.

Je fais glisser le sac à dos de mes épaules et je remarque avec quelque répugnance qu’il est couvert de craie mouillée. Je l’ouvre et j’y cherche ma boussole, puis je la scrute attentivement jusqu’à ce qu’elle m’indique le Nord. Les autres commencent à tirer leur équipement de leurs sacs à dos, et me passent du petit bois pour le feu au fur et à mesure qu’ils le trouvent. Je commence à construire le foyer en l’arrosant de paraffine amenée spécialement dans ce but. D’un seul coup, les cavernes deviennent vivantes et chaleureuses, les flammes oranges jaillissent jusqu’au plafond, un million de gouttes d’eau reflètent la lumière, scintillant comme autant de petits diamants.

J’empile davantage de bois sur le feu et je m’écarte, les flammes descendent pour consumer le combustible frais. La fumée serpente sur le plafond, et les garçons éteignent leurs lampes de poche.

Nous nous tenons debout autour du feu, nous nous réchauffons, et nous commençons à nous déshabiller. « Creuse le cercle », dit Joan à Blackie. Il est en train d’enlever son pantalon et se tient comme une grue sur un pied en réfléchissant à ce qu’elle vient de dire. « D’accord, dès que je me serai changé. » Il se dépêche de se déshabiller et se rapproche du feu le temps d’attraper sa robe de sorcier et de passer sa cape sur ses épaules. Il se place au centre de la caverne, et commence à délimiter le cercle en creusant au sol une ligne avec son couteau. Les autres accomplissent tous en silence les taches qui leur sont dévolues. Joan et moi cherchons dans les sacs les instruments, nous les nettoyons avec soin et les plaçons sur le rebord rocheux qui nous sert de table. John et Peter mettent en place les bannières de manière à ce que les symboles mystiques soient tournés vers l’intérieur du cercle et situés aux quatre points cardinaux, faisant jaillir des éclats de craie lorsqu’ils les plantent dans le sol.

Blackie se redresse, son visage obscurci par l’effort d’avoir creusé. « Qu’est-ce qu’on dit, si on se fait prendre ? » demande-t’il. « Qu’on est des foutus archéologues, évidemment », répond John. Blackie rit puis se penche à nouveau et continue de creuser. Nous travaillons avec constance à mettre en place Caer Ochlen dans la caverne, jusqu’à ce qu’enfin tout soit prêt. La flamme rouge du feu se reflète dans l’argent du Graal et de la coupe. Je monte le trépied et j’y suspends le chaudron. Il se balance doucement dans la chaleur. Joan apporte le vin dans une bouteille thermos et le verse dans le chaudron. Une vapeur odorante s’élève lorsque le vin froid entre en contact avec le fond de laiton chaud du récipient. « Ca sent bon maman, qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » demande Peter, souriant de son propre humour. Joan rit en ajustant sa ceinture et en arrangeant sa robe, plaçant avec soin les sept noeuds.

Nous sommes à présent tous vêtus de nos robes noires, nous ajustons nos capes et nous tenons dans l’humilité et la pauvreté ; les débuts de tout pouvoir magique. Encore un peu de travail, puis je passe l’épée à travers le crâne, le liant soigneusement à la poignée sculptée. Je la brandis jusqu’au centre de la boussole puis je plante profondément la lame dans la terre. Il est temps de commencer. Joan jette des grains d’encens dans le feu, puis elle se bénit elle-même, d’abord l’oreille gauche, puis l’oeil gauche, le front, l’oeil droit et l’oreille droite. Elle se tourne, profilée par les flammes, touche sa bouche, puis son sein droit, puis sa cheville gauche. Nous nous sommes regroupés en croissant autour d’elle, suivant la bénédiction, accompagnant chaque action du murmure d’une prière à Dieu. Les mots anciens se développent dans les ombres de la caverne, les profondes voix de basse des hommes rencontrent leurs échos, entretissés de la voix de Joan.

Le feu bondit, et Joan se rapproche pour de moi pour prendre le graal que je tiens. Le brandissant, elle le présente aux cieux et à la lune, les herbes et les pommes y flottent à la surface de l’eau, et l’obscurité de la caverne semble se masser autour de lui. J’entonne le grand chant, et soudain le silence de la nuit prend vie. Joan abaisse le graal et souffle dessus, puis vide son contenu dans le chaudron. Nous marchons vers lui, toujours groupés en croissant, nos capuches rejetées en arrière, et nous la suivons tandis qu’elle entame la danse ondulante du labyrinthe devant le récipient qui bout. Puis le motif change et nous dansons tous autour du feu.

Nous nous arrêtons, elle plonge la louche dans le chaudron, puis nous la fait passer de l’un à l’autre et nous mangeons les fruits de la vie. Ensuite, Joan, seule cette fois, agite la louche en tous sens en tournant trois fois autour du chaudron, puis y replonge l’ustensile. Nous tirons nos couteaux et les enfonçons dans la terre, puis nous dansons furieusement autour du feu, une fois encore. Je mène la danse jusqu’à ce que nous nous trouvions tous autour du cercle. L’invocateur, qui est le dernier placé, retire le chaudron du feu et verse son contenu dans le petit fossé creusé autour de nous. De la fumée s’élève autour de nous, le liquide rouge s’écoule le long de la rigole et forme un circuit complet, chassant la poussière sur les côtés, s’enroulant autour des branches de saule et de sorbier.

Je franchis le fossé et je me tiens debout face à l’épée et au crâne. Je lève ma main gauche et je trace rapidement les signes avec mes doigts, puis j’accomplis rapidement les gestes traditionnels qui signifient tant pour un sorcier, mes mains tapent sur mes jambes et sur mon corps pour mimer les vieilles légendes. Les autres font de même. Joan lance le gâteau sur le sol à la porte du cercle et enfin, nous franchissons tous la barrière qui sépare les vivants des morts.

« UEIOA », cinq doigts levés. « UEIOA », frappe sur la cuisse gauche, puis en avant avec les chevaux sauvages, et au travers de l’anneau d’argent. Nous commençons à marcher le long du cercle, tenant l’anneau en l’air, puis pour finir nous l’abaissons sur le crâne. Nous nous tournons, nous déposons nos bâtons sur le sol selon la forme du motif du rituel, et nous commençons à tourner en rond. (ndt: we begin to tread the mill, il y a un rapport avec le mouvement d’un moulin qui tourne, et on trouve aussi cette expression traduite par « en spirale ». Dans le doute, je traduis par « tourner en rond » mais cela peut être inexact.) Encore et encore, dans le silence absolu, nos doigts suivent le motif que les sept noeuds font dans la corde. Nos volontés, nos pensées, nos concentrations sont entièrement mises dans notre travail, nos capuchons sont rabaissés sur nos yeux, nous pensons, nous voulons, nous visualisons l’image de la vertu qui passe d’une partie de notre corps à l’autre, les sensations changent comme des couleurs pour l’oeil de notre esprit.

Nos brefs moments de baisse de concentration nous donnent l’aperçu fugace de la grotte qui semble tourner autour de nous, avant que nous ne retournions à l’obscurité de nos capuchons et à nos volontés sous pression. La fumée s’épaissit tandis que le feu baisse, et nous semblons tous rencontrer des difficultés pour respirer, nous étouffons presque dans cette atmosphère pesante. Puis d’un seul coup, c’est comme si nous respirions de la glace pure, cristalline et froide. La vertu a été transmutée. Immédiatement après un vent froid semble s’enrouler autour de nos chevilles, arrachant le pouvoir physique de la chair. La peur descend soudain comme une couverture moite, et chacun de nous a l’impression que nous sommes observés ; c’est le rassemblement de la force que nous invoquons. La sensation de peur s’accroit jusqu’à ce que nous devions monopoliser la moindre parcelle de notre volonté pour ne pas fuir.

La caverne semble soudain pleine de bruits de coups et je tressaille, revenant à ma conscience ordinaire totale pendant une brève seconde, puis je me reprends et je me replace sur les sombre sentier de la volonté. Je ne foule plus le sol de la grotte, je marche sur l’air. Mon corps est à de multiples endroits en même temps ; un sentiment de désorientation incroyable m’emplit ; je n’ai plus conscience de mon corps. L’obscurité roule sur ma conscience et je flotte dans le vide autour du cercle, mon corps trébuche mécaniquement, encore et encore…

Je prends conscience de tous les autres du Clan comme s’ils étaient en moi, je peux tous les sentir. Mon esprit retentit de l’impression puissante que quelqu’un se tient là où se trouve le crâne. Immédiatement, nous tendons nos volontés vers la présence, la sondant, la questionnant; immédiatement la sensation de l’étranger augmente. Nous savons qui il est. Mon coeur bondit de peur et de joie en même temps. Nous intensifions notre volonté jusqu’à ce qu’elle soit comme un pont de fer, notre concentration totale va à lui. Nous pouvons vraiment voir des lumières vertes pulser sur le crâne et autour. « Maître, maître », je peux entendre le groupe l’appeler. Une lumière bleue se tord et bouge en spirale au centre du cercle. Nous travaillons davantage, et encore davantage, nos esprits souffrent de subir cet effort intense. La lumière se condense dans la forme d’un homme, portant une cape comme nous. Le pouls du pouvoir bat par vagues à travers nous, encore et encore. Un sentiment d’euphorie efface notre fatigue ; il exsude la force et la sagesse. Nous le saluons.

Nous revenons à nous dans la caverne humide, le feu est presque éteint. Nous nous sentons épuisés, nous ressentons des picotements partout, nous nous arrêtons de marcher, l’air de la grotte devient moins dense dans nos bouches. Joan prononce une prière de remerciement et nous brisons le cercle, nous remettons tout en place comme avant. C’est fini maintenant, nous nous asseyons, apathiques, pendant un petit moment, nous nous réchauffons auprès du feu mourant, car nous souffrons à la fois de froid et de fatigue, nos esprits sont engourdis. Blackie rajoute un peu de bois et attise le feu, il souffle dessus jusqu’à ce que le combustible prenne et lance une chaleur joviale sur toutes choses.

Nous cherchons la nourriture et la boisson dans nos sacs à dos et nous commençons à festoyer. Nous nous sentons peu à peu revigorés, puis pleins d’énergie. Avec la fumée s’élève la discussion, nous rions beaucoup et nous étirons nos membres avec délices devant le foyer incandescent. Six hommes, une femme, tous dévoués les uns aux autres et, par dessus tout, dévoués à nos Dieux. La conversation prend de l’ampleur, nous discutions de toutes sortes de choses. Comment faire ceci… comment faire cela… les femmes, comment les faire venir, mais elles ne ressentent pas d’intérêt pour la sorcellerie de nos jours… le groupe demeure déséquilibré, pas de femmes, pas d’équilibre.

Nous parlons et nous mangeons, puis finalement, nous remettons tout en ordre et nous entamons notre voyage de retour. Fatigués mais revigorés, salis par notre séjour dans la caverne mais purs de coeur. Nous marchons à travers champs, frissonnant dans l’air de l’aube, jusqu’à nos voitures. Un agent de police sort des ombres et s’approche de nous. Excusez-moi… vous êtes garés à un endroit dangereux… qu’est-ce que vous avez dans vos sacs à dos ? Nous vidons nos sacs et nous lui expliquons. On peut voir ce qu’il pense d’après son expression de dégoût et d’horreur. Des questions, encore des questions, des incompréhensions, toujours des incompréhensions. Dieux, nous devons endurer tant de choses, nous autres pauvres sorciers.

Leave A Comment, Written on août 21st, 2011 , En pratique

Starhawk
in Truth or Dare
Traduit/adapté de l’anglais par Daràn.

RITUELS DE GROUPES

Les petits groupes permettent l’intimité et la confiance, qui donnent à un rituel puissance et intensité. Les grands rituels de groupe ont une fonction différente. Ils lient une plus grande communauté ; ils présentent à de nouvelles personnes les concepts et les valeurs que représente le rituel ; et ils génèrent beaucoup d’excitation, d’énergie, ainsi qu’une beauté sauvage.

Les grands rituels sont très exigeants en matière de logistique. Les procédés qui s’avèrent puissants dans un groupe de dix personnes sont à peine tolérables dans un groupe de trente et tout simplement impossibles à envisager dans un groupe de cent. Passer un bol de sel dans le cercle pour une méditation de purification peut prendre vingt minutes dans un groupe de cinq et des heures pour un groupe de cinquante. Ne négligez surtout pas de penser aux problèmes physiques que peuvent représenter les déplacements des gens dans l’espace, les passations d’objets de main en main, l’acoustique et la possibilité de voir ce qui se passe. On peut toujours multiplier les objets rituels : fournir dix bols de sel, et quelqu’un pour les récupérer après. Ou fractionner le large groupe en groupes plus petits, pour un partage plus intime de l’expérience rituelle. Il faut ensuite trouver un moyen de réunir l’ensemble en un seul groupe à nouveau.

Garder l’énergie bien focalisée dans un groupe très vaste peut être un véritable défi. Spécifiquement si beaucoup de participants sont novices, ou timides, dans ces cas-là l’énergie tend à se dissiper. Vous pouvez :

* Apprendre à faire du tambour. Le tambour est sans doute aucun l’objet rituel le plus utile que vous puissiez posséder. Le tambour unifie l’énergie d’un groupe. Il peut élever ou abaisser le niveau d’énergie, et la rassembler lorsqu’elle s’éparpille. Le tambour est un art, et les très bons joueurs de tambour ont des années de pratique derrière eux. Heureusement, vous pouvez être un piètre joueur de tambour et être tout de même efficace dans un rituel. Il est plus important de savoir tenir un rythme régulier que de savoir élaborer des motifs ou des cadences syncopées. Le plus important est la capacité de la personne qui joue à ressentir l’énergie. Le tambour doit suivre l’énergie d’un rituel, et non pas lutter contre. Si le tambour essaye d’aller dans un autre sens que le mouvement énergétique, si le joueur se perd dans l’expression d’un rythme individuel à tel point qu’il se démarque nettement du flux général, cela peut détruire le rituel au lieu de l’unifier. Si le tambour s’arrête, l’énergie retombe. Même si les moustiques vous piquent, même si votre chapeau vous tombe sur les yeux et même si votre bouche devient sèche, si vous accordez de la valeur à l’énergie du rituel, vous continuez à jouer sans vous interrompre.

* Concevez le rituel à l’aide de personnes plus expérimentées qui savent à quoi s’attendre, qui connaissent les mouvements d’énergie et peuvent montrer l’exemple aux autres. Si elles créent une forme énergétique, les autres la renforceront instinctivement. Si elles mettent l’énergie à la terre, elles entraîneront avec la leur l’énergie des nouveaux venus qui peuvent ne pas savoir comment faire.

*Désigner des « Grâces », des personnes qui aident à accueillir les nouveaux, à expliquer les divers aspects du rituel, à faire mémoriser les paroles des chansons, et à faire en sorte que tout le monde se sente le bienvenu.

*Désigner des « Dragons », qui vont garder les limites du cercle et gérer les éventuels ivrognes, fondamentalistes injurieux, policiers, et autres distractions.

*Désigner quelques « Corbeaux », qui gardent en tête l’objectif du rituel.

*Vous assurer que la personne qui dirige le rituel est également un bon « Serpent », qui peut surveiller le niveau d’énergie et rester consciente des courants qui l’animent en profondeur.

*Choisir une focalisation claire, une image centrale claire, et faire en sorte que le plan général reste simple.

*Essayer d’éviter d’utiliser des termes ou des symboles qui pourraient rendre les gens confus ou les faire se sentir mal.

*Les éléments théâtraux fonctionnent particulièrement bien dans les grands groupes. Soyez dramatiques, écrivez de la poésie, composez de la musique…

Leave A Comment, Written on juillet 10th, 2011 , Dynamique des groupes, Rôles, Techniques

in Dreaming the Dark – Starhawk
traduit/adapté de l’anglais par Daràn.

LE FACILITATEUR

Le facilitateur observe le contenu de ce qui se dit lors d’un meeting. Il ou elle fait en sorte que la réunion reste ciblée et avance. Communément, lorsque des gens discutent sur une proposition, ils vont se mettre à dévier du sujet et commencer à parler d’autre chose. Le facilitateur leur rappelle quel est le sujet initial et si nécessaire réserve un moment ultérieur pour discuter des sujets connexes qui peuvent émerger. De temps en temps, le facilitateur peut donner un bref « état du meeting » en disant : « Voici ce dont nous parlons… Voici les positions et les préoccupations… Voici ce que nous avons déjà décidé et qui concorde… »
Faire des rapports et reposer clairement les propositions est tout particulièrement nécessaire dans les meetings longs tendus, épuisants, durant lesquels les gens ont tendance à oublier ce qu’ils font.
Le facilitateur appelle les gens. Quand plusieurs personnes lèvent la main pour parler, elle ou il peut leur attribuer des numéros et les laisser parler chacun leur tour. Quand les gens ont la certitude qu’ils seront appelés à prendre la parole, leurs niveaux d’anxiété baissent, et ils peuvent laisser parler les autres plus facilement.
Le facilitateur doit maintenir sa neutralité concernant le sujet évoqué. Si il ou elle a une forte prise de position ou souhaite s’exprimer concernant le sujet, un autre facilitateur peut être choisi.

L’OBSERVATEUR D’ONDES

Un observateur d’ondes ( utilisé par exemple au sein de l’Abalone Alliance ) observe le processus du meeting. En particulier, elle ou il reste à l’écoute des degrés de tension et d’anxiété. Il ou elle peut interrompre le meeting de temps en temps pour suggérer que les personnes respirent, que les sentiments soient accueillis et médités, que les attaques personnelles cessent. Dans des réunions vastes ou tendues, on peut désigner un observateur d’ondes. Dans des meetings plus restreints, chaque personne présente peut prendre un peu de cette responsabilité.

PRETRESSE / PRETRE

Dans un rituel, le prêtre ou la prêtresse observe l’énergie du groupe. Elle ou il la garde mouvante, démarre ou stoppe les phases du rituel en fonction des changements d’énergie, canalise l’énergie en ouvrant son propre corps pour se laisser traverser. Le prêtre ou la prêtresse développe une conscience double, une capacité à ressentir l’extase dans l’instant
présent et, en même temps, à garder un oeil pratique sur tout ce que les autres font, à vérifier si le chaudron bout un peu trop fort, ou si les enfants sont en train de traîner pieds nus. En particulier dans les grands rituels durant lesquels beaucoup de gens ne sont pas familiers avec la magie, la prêtresse ou le prêtre doit s’assurer que l’énergie commence enracinée et finisse enracinée ( dans le sens de maintenir la connexion avec la terre ), et qu’on la rende à la terre à la fin. Il peut être utile de disposer de plus d’un prêtre ou d’une prêtresse durant un rituel.

LES GARDIENS DE LA PAIX

Les gardiens de la paix ( utilisés au sein de l’Abalone Alliance ) n’occupent pas seulement cette fonction durant les meetings, mais à chaque fois que le groupe est actif. Ils aident à maintenir l’ordre et gèrent les crises. Durant les manifestations, les marches et les blocus, ils peuvent fonctionner comme des moniteurs entraîner à désamorcer la violence potentielle à l’intérieur ou à l’extérieur du groupe.
Les gardiens de la paix n’ont pas de talents professionnels ou arcaniques requis. Ils peuvent avoir une certaine pratique de la relaxation, du calme, de l’enracinement et du centrage, de l’écoute active, l’habitude d’établir la communication avec les gens difficiles à atteindre. Ils peuvent encercler une personne violente et marcher pour le/la conduire en dehors de la zone, ou chanter pour noyer la voix d’une personne abusive verbalement. Leur valeur ne réside pas tant dans leur technique que dans leur bonne volonté et leur préparation à assumer cette responsabilité. Dans l’idéal, chaque personne d’un groupe devient un gardien de la paix.

LE MEDIATEUR

Un médiateur est une personne neutre et objective qui aide d’autres personnes à résoudre un conflit. Ce n’est pas un juge, il ou elle ne choisit pas entre deux personnes ou deux factions, mais les aide plutôt à s’écouter et à résoudre leurs différences. La médiation est un talent défini, et d’ordinaire les bons médiateurs ont bénéficié d’un entraînement ou d’une
bonne dose de pratique. La plupart des communautés, toutefois, contiennent beaucoup de gens faisant office de bons médiateurs. Lorsque des conflits surgissent dans un groupe, ses membres ne devraient pas avoir honte de solliciter l’aide d’une communauté plus vaste.

LE COORDINATEUR

Un coordinateur peut faire office de « centre de groupe », un panneau de contrôle par lequel transite l’information. Elle ou il garde trace de ce qui est fait, de qui le fait et de ce qu’il faut faire. Le rôle du coordinateur est particulièrement important dans les grands projets qui impliquent beaucoup de détails et beaucoup d’intervenants. Ce rôle tend aussi à être épuisant et pas aussi gratifiant que d’autres taches, mais il procure de merveilleuses opportunités pour commettre des erreurs et apprendre comment accueillir les critiques. Les coordinateurs devraient être plus appréciés, et échanger souvent leur rôle avec quelqu’un d’autre.

in Dreaming the Dark – Starhawk

Traduit/adapté de l’anglais par Daràn

Voici des descriptions de dix positions, des rôles informels que j’ai souvent vu des gens prendre dans des groupes non hiérarchiques. Bien entendu, personne ne joue seulement un rôle, nous changeons tous, nous inventons de nouveaux personnages, nous grandissons et nous développons. Certains d’entre nous sont même capables de fonctionner comme de vrais gens solides, engagés, aimants, travaillant dur.
Le Pouvoir-de-l’Intérieur contient le pouvoir de nous changer nous-mêmes. D’après mon expérience, les gens changent non pas quand on leur donne des réponses, mais en posant eux-mêmes des questions pertinentes. J’ai fourni pour chaque rôle décrit des questions correspondantes. Les dix rôles sont classés selon la place que chacun tend à prendre dans un
cercle, de la périphérie jusqu’au centre.

LE LOUP SOLITAIRE

Vous ne vous engagez pas trop dans le groupe, mais vous aimez critiquer et comparer ce groupe avec d’autres, d’ordinaire défavorablement. Demandez-vous « Pourquoi ai-je envie de traîner avec des gens que je considère comme inférieurs ? Ai-je peur de mes égaux ? »
Demandez aussi « En quoi mes critiques seraient-elles différentes si je disais Nous devrions au lieu de Vous devriez ? »

L’ORPHELIN

Vous venez, bien souvent, d’un passé de perte et de privation. Vous pouvez avoir été emprisonné, avoir été patient dans un centre psychiatrique, ou rempli quoi que ce soit que la culture relie avec la Chute. Vous voulez désespérément la proximité qu’offre le groupe, et vous êtes terrifié à la fois par la vulnérabilité que cela représente et par le rejet que vous êtes certain que vous allez essuyer à la place. Vous pensez que si les gens vous connaissaient réellement, ils seraient déçus ou dégoûtés. Alors vous errez dans les limites du groupe, ne vous ouvrant pas et ne vous faisant pas d’amis proches, et pour finir certains commencent
effectivement à ne pas vous aimer, accomplissant vos craintes. Demandez-vous : « Quel travail puis-je entreprendre pour le groupe, de préférence en compagnie d’un ou deux autres ? En quoi puis-je contribuer ? »

« ABRITE-MOI »

Vous êtes constamment en demande de quelque chose : des conseils, de l’aide, des propos rassurants. Vous voulez que le groupe vous fasse vous sentir le bienvenu, important, aimé, encouragé. Après tout, ne disent-ils pas qu’ils sont là pour ça ? Demandez-vous « Quel vrai travail puis-je accomplir pour le groupe ? Quelles tâches puis-je entreprendre, et
comment les accomplir de telle manière que je n’aie pas besoin que d’autres dépense du temps et de l’énergie dessus ? » Demandez-vous aussi « Comment agirais-je si je me sentais plein(e) de pouvoir ? »

LE BOUCHE-TROU

Vous occupez juste de l’espace. Vous sentez que vos idées ou vos opinions ne sont pas très intéressantes, n’ont pas grande valeur. Peut-être que vous avez été entraîné toute votre vie à penser de cette manière. Portez des couleurs plus vives et encouragez-vous à prendre la parole au moins une fois à chaque réunion, particulièrement lorsque vos idées et vos perceptions diffèrent de celles des autres. Engagez-vous dans une tâche qui demande plus que du travail de routine, peut-être avec l’Orphelin. Organisez quelque chose avec une autre personne pour vous voir en dehors du groupe.

LA PRINCESSE

Vous êtes tellement sensible que les processus de groupe ne sont jamais assez doux pour vous. Vous ressentez la pulsion de commenter la moindre petite tension et la moindre nuance de conflit, en exprimant souvent une grande anxiété. La Princesse ( qui peut aussi être un homme ) est souvent thérapeute ou médium, et quitte souvent les groupes qu’il ou elle ne
dirige pas lui ou elle même. Demandez-vous « Avec qui suis-je en compétition, et pourquoi ? » Retenez-vous de commenter les processus de groupe à moins de pouvoir le faire en insultant avec affection un autre membre du groupe. (NdT : insulter pour plaisanter, sur le ton de la complicité).

LE CLOWN

Le clown ou le fou est une importante figure dans bien des religions tribales. Le travail du clown est de se moquer des gens et des cérémonies, et de procurer un répit comique. Vous rendez probablement un grand service au groupe. Néanmoins, demandez-vous « Est-ce que je peux être sérieux quand c’est nécessaire ? Est-ce que je sais me restreindre ? Est-ce que mes pitreries approfondissent le travail du groupe ? Ai-je peur des conflits ouverts ? »

L’ENFANT MIGNON

Vous êtes charmant et très gentil, et vous avez désespérément besoin de l’approbation des autres. Votre excuse quand vous ne voulez pas faire quelque chose c’est d’être gentil ou de plaider l’impuissance. Vous voulez de l’amour et qu’on prenne soin de vous, pourtant vous êtes en fait bien plus compétent et fort que vous ne voulez bien le croire. Demandez-vous
« Est-ce que je ne peux vraiment pas, ou est-ce que je ne veux pas ? Est-ce que la tache doit être accomplie que je veuille m’en charger ou non ? Doit-elle être entreprise par moi ? Quel nouveau niveau de pouvoir ou de responsabilité obtiendrais-je si je le fais ? Est-ce que ça m’effraie ? » Demandez-vous aussi « Qu’est-ce que je ferais dans ma vie – dans le groupe – quelle que soit l’opinion des autres, approbation ou non ? » Demandez au groupe de ne plus vous féliciter de faire ces choses.

L’ENNEMI INTIME

Vous êtes un perfectionniste, plus dur avec vous-même qu’avec les autres. Néanmoins, vous continuez d’élever vos standards pour le groupe, et vous êtes continuellement outré par le nombre de ses membres qui échouent à les tenir. Vous ne comprenez pas pourquoi d’autres personnes se sentent coupables après avoir parlé avec vous, quand en toute bonne foi
vous essayez simplement d’élever leur conscience concernant le problème du moment.
Soyez plus sympa avec vous-mêmes. Amusez-vous. Au moins une fois par jour, faites quelque chose d’irresponsable. Insérez vos critiques entre deux expressions d’appréciation. Demandez-vous sincèrement si vous vous identifiez avec Jésus ( si vous endossez volontiers le rôle du crucifié qui se sacrifie pour tout le monde et qui est semi-divin, dont la parole est d’or, NDT ). Si la réponse est oui, demandez à des amis de vous chanter des hymnes juste avant les réunions. ( histoire de dédramatiser la chose et de vous remettre un peu les pieds sur terre par rapport à votre propre importance, NDT ).

LE ROCHER DE GIBRALTAR

Vous prenez en charge les tâches peu gratifiantes et vous les accomplissez. Vous vous rappelez de ce que tout le monde oublie. Tout le monde vient vous voir pour vous raconter ses problèmes. Les outsiders vous voient souvent comme « le leader » du groupe. En effet, vous ressentez clairement que sans vous le groupe tomberait en pièces.
Demandez-vous : « Est-ce que j’ai peur de montrer mes faiblesses ? » et aussi « Quelles tâches puis-je déléguer ? » Donnez à d’autres une partie des tâches attirantes et créatives aussi bien que du travail de routine. Commencez immédiatement à entraîner vos remplaçants avant que le burnout ne vous guette.

LA STAR

Vous sentez que le meeting n’a pas vraiment commencé jusqu’à votre arrivée. Vous parlez beaucoup, et interrompez souvent les gens, parce que vous savez que vous allez dire exactement ce qu’il faut pour sauver la situation. Vous êtes vraiment brillant(e), vous impressionnez les gens et vous aimez ça.
Pratiquez le silence. Demandez-vous « Est-ce que je veux impressionner les gens ou leur donner du pouvoir personnel ? Comment est-ce que JE me sens quand des gens essayent constamment de me prouver que je ne pourrai jamais les égaler ? » Reconnaissez que les autres ressentent la même chose par rapport à vous. Changez, et conservez vos amis.

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