Ils achevèrent de planter le petit arbre dans une agréable clairière et Maude tassa la terre autour des racines.
- Et voilà, dit-elle en se redressant. Il sera très heureux ici.
- Oui, c’est un coin plaisant, fit Harold en s’appuyant sur la bêche. Et c’est de la bonne terre.
- J’aime manier la terre et j’en aime l’odeur. Notre mère la terre. “Mes pieds foulent la terre et ma tête effleure les étoiles.” Et se mettant à rire : Qui donc a dit ça ?
- Je l’ignore.
- Dans ce cas, ce doit être moi, fit Maude riant de plus belle. Adieu, petit arbre. Pousse en force et en hauteur, puis meurs pour enrichir la terre. N’est-ce pas merveilleux, Harold, de sentir toute cette vie autour de nous ? Cette végétation pleine de sève ? Venez. J’ai quelque chose à vous montrer.
Elle l’entraîna dans un sentier et s’arrêta au pied d’un pin magnifique.
- Que pensez-vous de cet arbre ?
- Je le trouve grand.
- Que direz-vous quand vous admirerez le paysage du haut de son sommet !
- Vous n’allez tout de même pas grimper sur cet arbre ?
- C’est bien ce qui vous trompe. Je ne manque pas de le faire chaque fois que je viens ici. Vous verrez, Harold, rien n’est plus facile que d’en gagner le faîte.
- Et si vous tombiez ?
- Cela ne m’est jamais venu à l’esprit, dit Maude qui déjà commençait son ascension. C’est une pensée déprimante qui ne mérite pas que je m’y attarde.
- Bon, fit Harold, résigné, en mettant le pied sur la première branche.
Ils s’élevèrent d’environ vingt-cinq mètres. Comme l’avait dit Maude, l’ascension ne présentait aucune difficulté, mais à mesure qu’ils approchaient du faîte, Harold sentait l’arbre osciller au gré du vent. Il en eut la bouche sèche.
- Nous y voilà, Harold ! s’exclama Maude. Ne dirait-on pas que ce perchoir naturel a été fait exprès pour nous ?
Elle s’installa sur une grosse branche et se poussa pour faire de la place à Harold. Il vint s’asseoir à côté d’elle mais sans lâcher le tronc auquel il se cramponnait.
- N’est-ce pas grisant ? s’exclama Maude contemplant la forêt moutonnante qui s’étendant sur des kilomètres jusqu’aux lointaines collines.
- Oui, fit Harold, avalant sa salive. Mais je trouve ça haut.
- Rendez-vous compte ! Nous sommes là, bercés dans les bras de ce géant, notre regard embrasse des millions d’autres arbres… et nous faisons partie de tout cela.
Extrait d’Harold et Maude, Colin Higgins.
Je recommande vivement la lecture de ce livre qui parle à l’âme, histoire d’amour improbable entre un jeune homme de 19 ans obsédé par la mort, étouffé par une société malade, et une vieille femme de 79 ans qui n’a que faire des convenances ou de la logique.
