Fleurs coupées, arbres abattus… culpabilité

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J’ai l’impression qu’en fait l’idée qu’on soit « la seule espèce animale au monde à connaître la différence entre le bien et le mal », ce qui fait de nous pour certains « plus du tout des animaux, mais quelque chose de plus grand, de plus responsable », conduit irrémédiablement à penser que nous, on sait ce qu’on fait contrairement à la larve qui parasite le cactus ou à la vache qui broute la pâquerette, et que nous on « ne sera pas pardonnés » par un quelconque juge suprême qui compte les points.

En fait plus le temps passe, plus je me rends compte qu’accepter l’idée qu’on est un animal parmi d’autres animaux, avec le besoin de tuer pour manger (que ce soit des plantes ou des animaux), de cueuillir des fleurs pour mettre chez soi afin que ce soit joli (les oiseaux qui coupent des corolles et des feuilles colorées pour orner le nid nuptial et y attirer ainsi leur belle ne font pas autre chose…), ou autres activités d’intervention sur la nature, est plutôt mal accepté.

En fait je crois que la seule chose qui rend vraiment l’humain inadapté à la nature telle qu’elle est maintenant (et telle qu’elle permet sa survie… malheureusement pour lui il scie la branche qui lui permet de s’asseoir), c’est qu’il arrive à créer, à partir de matériaux naturels, des choses qui ne pourront être consommées ni dégradées par rien, ou alors en tellement longtemps que ce n’est pas viable. En d’autres termes, contrairement à la nature, l’humain produit beaucoup de déchets qui n’ont aucune possibilité d’être des nutriments… en l’état actuel des choses. La nature finira bien par produire des espèces qui adoreront manger du plastique et des trucs radioactifs, et le problème sera réglé… quand nous ne serons plus là pour le voir :p Alors même là… je me dis, pourquoi culpabiliser à mort par rapport à la « pauvre planète sans défense qui se meurt à cause de nous, ignobles parasites », alors qu’on pourrait juste choisir de ressentir de la compassion pour l’humain qui bousille sa propre aptitude à survivre en voulant juste se concentrer sur l’instant présent et le profit individuel immédiat…. à l’image de toutes les autres espèces animales du monde… Non, la planète ne meurt pas et ne mourra pas par notre faute ; notre espèce mourra peut-être par notre faute, et de nombreuses autres espèces, parce que nous aurons éventuellement un jour complètement saccagé nos propres moyens de survie. Mais la planète, elle, nous survivra. Elle survivra à nos descendants, aux espèces nouvelles qui règneront après nous. Elle survivra à tout ce que nous, petites créatures qui nous agitons à sa surface, pourrions lui faire. Seuls des événements galactiques sur lesquels nous n’avons aucune prise pourront en venir à bout, un jour. Mais pas nous… nous nous contenterons simplement de mourir entassés, écrasés par notre propre nombre, étouffés dans notre propre air vicié et dans les piles de nos déchets. Et d’autres organismes plus adaptés à ce monde différent, radioactif, d’une chimie impropre à notre existence, seront nos successeurs et évolueront peut-être jusqu’au stade où ils pourront changer à leur tour la face du monde.

Clairement je ne pense pas qu’une fleur coupée et la culpabilisation qu’on se pose sur les épaules comme une chape de plomb à chaque fois qu’on regarde une fleur avec l’intention de la couper, ou un brin d’herbe avec l’intention de marcher dessus, soit une fin en soi…

En coupant une fleur, je peux être amenée quand même à éprouver un sentiment de gratitude envers la nature qui nous a donné la fleur, envers l’évolution qui nous a amenés à des formes de vie complexes en partant d’une biologie unicellulaire, partie elle-même de molécules issues du rien du tout… je peux ressentir un grand sentiment d’amour… et de même en consommant la viande d’un animal mort afin que ses cellules et la matière de son corps deviennent mes cellules et la matière de mon corps… mais je suis de moins en moins tentée de m’excuser. Est-ce que cela fait de moi une sale sauvage irrespectueuse et sans coeur ?… Est-ce que le sentiment du sacré, c’est aussi / surtout l’acte de contrition et la conscience de la portée de chaque acte qu’on accomplit par rapport à l’ordre naturel ?

[Traduction] Extrait de Médée – Euripide

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Extrait de Médée,d’Euripide

Traduit et adapté de l’anglais par Tsukimi.

Il remonte vers sa source,le courant de la rivière qui jamais ne cesse de couler:
La vie même est changée,et ses lois renversées
L’homme sera l’esclave,l’être humble et craintif
Car l’homme a oublié sa propre nature
Et la femme – oui ! –l’histoire en dira des choses terribles:
Les récits seront bien différents de ceux d’antan,
Car de la femme exsude une peur
Et une gloire,
Les voix haineuses ne l’accableront plus.
Les vieux bardes se tairont,et tout ce qui restera
Des souvenirs de fiancées fragiles et infidèles
Se flétrira,racorni par le feu !
Car ils ne nous aimaient pas,et ne nous connaissaient pas:et nos lèvres étaient muettes
Nos doigts
Ne pouvaient éveiller le secret de la lyre.
Au fil des âges,nous avons chanté,au milieu de ses colères,
Un long récit sur l’homme et tous ses actes,bons ou mauvais ;
Mais la terre âgée sait,et c’est le fruit
De tous les âges du monde -
Que lorsque s’achève le règne de l’homme,le monde nous appartient encore.

Qu’elles viennent à toi maintenant,encore et encore,
Les interminables danses
A travers l’obscurité,jusqu’à ce que s’évanouisse la pâleur des étoiles.
Sentiras-tu la rosée sur ta gorge,et le souffle
Du vent dans ta chevelure ? Tes pieds blancs luiront-ils
Dans les sombres étendues ?

C’est pour tout cela que nos pareilles ont fui dans la forêt,
Cherchant la solitude parmi la beauté verdoyante
Là,elles ne sont plus des proies et ne vivent plus dans la crainte,
Là,les collets ne sont plus sur leur chemin,et nul ne les met aux abois,
Et pourtant retentit dans le lointain,
L’émergence d’une voix et d’une peur,un empressement de chiens ;
Alors l’équipage en furie,déchaînant toutes ses forces
Remonte le fleuve et la vallée,
Dans une terreur joyeuse,sur des pieds rapides comme la tempête
Vers les terres aimées et désertes que l’homme n’a pas foulées,
Où nulle voix ne crie,et où,dans la verdoyance,
Les créatures des bois vivent sans être vues.
Quoi de plus sage ? Que dire de la grâce divine atteinte,
si somptueuse et si grande ?
Elaborer,à partir de la peur libérée,une danse,rire et attendre ;
Elever une main au-dessus de la haine
Et savoir que la beauté est à jamais libre.

Car c’est là qu’on découvre un dieu sauvage,
Un dieu couronné de lierre
Et la blessure du lierre
Orne les férules que portent ses suivantes,
Et les serpents font entendre leurs chants
Dans les labyrinthes de leurs cheveux ;
La route qui s’étend devant est fourchue,
Et ses deux embranchements sont justes ;
Connais-toi et sois en sécurité demain ;
Perds-toi et sois libre ce soir !



Corso and the Girl

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Je me suis promis de revoir la Neuvième Porte, de Polansky, avec le regard de l’analyste filmique. Un de ces jours, j’en parlerai sur mon blog de cinéma.

En attendant, je ne me lasse pas de cette musique exceptionnelle qui accompagne l’un des moments les plus intenses du film. La vidéo que j’ai trouvée sur Youtube pour l’illustrer est particulièrement bien faite et me parle beaucoup, je rends hommage à son auteur qui a, à mon sens, tout à fait saisi « l’esprit » d’un film, d’une séquence, d’un message porté par la flamme et par la nuit.

Ce montage et cette musique parlent à ma féminité, en des termes imprécis, mais encerclants. La mélodie sans paroles serpente dans l’esprit, accolée à ces images de femmes voilées mais pas pour autant faibles et vulnérables, aux regards fascinants dans lesquels on plonge sans espoir de retour. C’est un aveu de faiblesse, on ne peut que rester désarmés, attirés, hypnotisés par ces regards.
Et puis, la musique change, et les yeux aussi… on entre dans le Sublime féminin, cette sapience qui vient du fond des âges et qui ne sait se révéler autrement qu’en submergeant, en pétrifiant, en attirant toute la substance des choses.

Attraction encerclante, qui cerne, qui sous tous les voiles et toutes les chaînes, conserve sa vigueur et son pouvoir, soudain, inattendu, d’hypnose. Le pouvoir est sur nous, et l’on avait pas voulu, pas su, pas été capables d’y résister alors même qu’on le sentait. Menace, terreur, insondable anormalité, la femme se change en créature inhumaine, dotée de plumes et de feuilles, écarlate, exigeante, accaparatrice.

La séquence correspondante dans le film est tout à fait dans cet esprit-là. Je vous recommande de le voir si ce n’est pas déjà fait… Je ne compte pas faire de spoiler ici, mais l’idée de métamorphose de la femme n’est pas du tout étrangère à ce passage où, comme le souligne l’un des commentateurs de Youtube, elle peut devenir « a scary creature », une créature effrayante.

La clôture de la vidéo, sur ces yeux fermés, me parle d’une intériorité indicible, ornée de parures, qui jusque dans les liens se révèle immortelle. Quelque chose de nous a été capturé, gardé à l’intérieur.

Et puis ensuite, je sais que j’ai saisi quelque chose, et que cette chose a filé entre mes doigts comme l’eau d’une source ancienne, qui vient de passer des siècles sous terre. Et je sais que je ne sais plus rien.

Le chasseur et la proie

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Au retour d’une chasse à l’éléphant, raconte le célèbre voyageur Anderson, je vis, à une faible distance, un grand rhinocéros blanc. Je montais un excellent cheval de chasse, le meilleur que j’aie jamais possédé. J’avais l’habitude de ne point chasser le rhinocéros à cheval, car on peut l’approcher bien plus facilement lorsqu’on est à pied. Cette fois, cependant, il me semblait que le sort en décidait autrement. Me tournant vers mes compagnons

Par le ciel, m’écriai-je, le camarade a une bien belle corne ; je veux le tuer.

Aussitôt, j’éperonnai mon cheval, j’eus bientôt rejoint l’animal et lui logeai une balle dans le corps, mais sans le blesser mortellement.

Au lieu de prendre la fuite comme d’ordinaire, le rhinocéros resta immobile, à ma grande stupéfaction ; puis tout à coup se retourna, et après m’avoir considéré un moment, s’avança lentement vers moi. Je ne pensais pas à prendre la fuite, néanmoins je cherchai à éloigner mon cheval.

Mais lui, d’ordinaire si docile, qui obéissait à la plus légère secousse des rênes, refusa de bouger, et quand il le fit, il était trop tard ; le rhinocéros était tout près une rencontre était inévitable.

Je le vis baisser la tête, puis la relever brusquement, en enfonçant sa corne entre les côtes de mon cheval, et avec une telle violence qu’elle lui transperça le corps, la selle avec, et que j’en sentis la pointe acérée pénétrer ma jambe. La force de ce coup fut telle, que le cheval fit une véritable culbute, les jambes en l’air, et tomba sur le dos.

Pour moi, je fus violemment lancé à terre, et à peine étais je tombé que je voyais près de moi la corne de l’animal ; mais sa fureur était calmée, sa vengeance assouvie. Il quitta au petit galop le théâtre de ses exploits.

Mes compagnons étaient arrivés sur ces entrefaites. Courant à l’un d’eux, je pris son cheval, je sautai en selle, et, sans chapeau, le visage plein de sang, je m’élançai à la poursuite de l’animal.

Quelques instants après, je le voyais, à ma grande joie, étendu à mes pieds.

Extrait des Voyages d’une Hirondelle, (A. DUBOIS -1886)

Une querelle interminable sur les femmes

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Et les voilà embarqués dans une querelle interminable sur les femmes ; l’un prétendant qu’elles étaient bonnes, l’autre méchantes : et ils avaient tous deux raison ; l’un sottes, l’autre pleines d’esprit : et ils avaient tous deux raison ; l’un fausses, l’autre vraies : et ils avaient tous deux raison ; l’un avares, l’autre libérales ; et ils avaient tous deux raison ; l’un belles, l’autre laides : et ils avaient tous deux raison ; l’un bavardes, l’autre discrètes ; l’un franches, l’autres dissimulées ; l’un ignorantes, l’autre éclairées ; l’un sages, l’autre libertines ; l’un folles, l’autre sensées ; l’un grandes, l’autre petites : et ils avaient tous deux raison.

Denis Diderot, Jacques le Fataliste.

Et l’on peut en dire de même au sujet des hommes.

Avant d’être hommes ou femmes, nous sommes des individus, avec chacun ses traits, ses qualités, ses défauts, ses manières d’être au monde. Les femmes dans leur globalité sont tout ce qu’en dit ce texte. Les hommes aussi.

Qu’est-ce que l’Absolu Féminin ? Qu’est-ce que l’Absolu Masculin ? Je n’en sais fichtre rien, et je n’ai pas tellement envie de le savoir. Seul m’importe ce que je suis quand je le suis, et comme toute chose dans l’univers, je suis perpétuellement en train de changer. Je ne me hasarderai pas à tirer des généralités sur les femmes, sur les hommes, sur les genres, alors que je ne connais pas et ne connaîtrai jamais l’ensemble des hommes et des femmes de toutes les cultures et de tous les âges de ce monde.

Je ne suis pas féminine, je suis moi.

Mon compagnon n’est pas viril, il est lui.

Lorsqu’il nous est arrivé de vouloir discuter des « gender studies », nous sommes tombés d’accord extrêmement rapidement sur le fait que ce sujet ne nous inspirait qu’un profond désintérêt, voire de l’ennui. Nous ne nous posons donc pas la question des rôles traditionnels de l’homme et de la femme au sein du couple. Chacun est ce qu’il est au moment où il l’est, et nous l’acceptons. C’est aussi simple et aussi bien que cela.

La chute des héros

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Un jour peut-être, si la Déesse le veut, je serai Ninioq. Un jour peut-être tout cela ne sera plus que sourires et souvenirs sans écume, le temps passé au tamis, limpide. Une évidence.

Un jour, la chute des héros sera peut-être bien moins douloureuse, et marquée du sceau de l’ordre des choses.

Se dit-elle, en assistant impuissante au déclin d’un arbre presque centenaire, un arbre qui avait en son jeune temps défié bien des choses et mis sa vie en jeu pour l’amour d’une idée simple et grandiose : la liberté. Ayant oeuvré pour l’infiniment grand, terrassé sournoisement par l’infiniment petit, inspirateur de luttes et de justes indignations, guerrier et père, protecteur et nourricier.

En attendant, même s’il est illusoire de demander un sursis, même si elle le sait pertinemment, elle ne peut s’empêcher de céder à la tentation de parler au Dieu de la Mort, pour lui dire ce que tous les humains lui disent en ces circonstances, « la seule chose qu’on dit au Dieu de la Mort »…

Not today.

Elle est humaine encore, après tout.

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Apprenez à être vous-même.

Et à renoncer de bonne grâce à tout ce que vous n’êtes pas.

Henri Frederic Amiel.

[Traduction] Un Esbat de Sorcières – Robert Cochrane

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Un Esbat de Sorcières
Robert Cochrane
Extrait de The Roebuck in the Thicket (le chevreuil dans le bosquet)
Publié pour la première fois dans New Dimensions (numéro de Novembre 1964).
Traduit et adapté de l’anglais par Nox.

Cet article traite d’une véritable rencontre sorcière ; le récit combine des faits réels et des faits inventés, car le rituel intégral ne peut être décrit. Les formes reproduites ici correspondent à celles utilisées par les sorcières de Warwickshire. L’auteur a aussi tenté de décrire précisément, mais sans exagération, ce que l’on ressent réellement lorsqu’on accomplit ce type de rituel, qui ne correspond pas à ce que l’on présente au public comme de la sorcellerie, mais qui demeure néanmoins pratiqué par certaines familles depuis des siècles.

—————————-

Il fait froid, une brume vaporeuse monte de l’herbe humide tandis que nous marchons à travers champs pour atteindre les grottes. Au-delà des collines, quelque part à l’ouest, un renard glapit son mépris envers nous, les intrus du monde nocturne. Dans le monde silencieux d’Hécate, un million d’insectes tissent leurs petites toiles du destin. Nous nous sentons comme des envahisseurs venus d’une ère plus brillante, nous marchons avec prudence, nous franchissons sans bruit les haies où rien ne bouge. Dans le sac à dos de Peter, le chaudron tinte légèrement lorsque l’un des couteaux le heurte. Il s’arrête pour répartir un peu mieux sa charge, puis nous désigne un endroit sur la colline aux formes indistinctes. Le vent s’engouffre dans les feuilles et les entrechoque tandis que nous entamons notre ascension vers les cavernes.

Nous sommes sept, six hommes et une femme, nos pieds dérapent sur l’herbe rendue glissante par la rosée nocturne et par des insectes qu’il vaut mieux ne pas évoquer, notre propre poids nous fait nous enfoncer dans le sol détrempé. En bas, dans la vallée, les représentants du XXème siècle parcourent les routes sombres à toute vitesse, leurs phares tranchent la nuit pendant un bref instant, puis s’évanouissent, emportant avec eux une pulsation de vie mécanique. Dans la pâle lumière lunaire, nous pouvons discerner les effondrements rocheux qui cachent les grottes. Notre guide s’arrête, puis fait un tour et revient vers nous. « Faites très attention où vous mettez les pieds, le flanc de colline est irrégulier. » Dans la lumière de la lune, les traits de son visage sont vagues. Joan se rapproche et prend ma main, et nous avançons prudemment dans les ténèbres. Des rafales de vent nous fouettent, et à notre gauche, une sensation de vide se précise de plus en plus ; puis nous sortons du vent, et nous nous retrouvons à l’abri des pierres.

Arthur, notre guide, semble soudain disparaître dans le jaillissement blanc d’une lampe de poche, puis il nous semble entendre sa voix sous le sol, faible et étouffée. « C’est bon, vous pouvez descendre. » Un par un, mes compagnons descendent par l’entrée de la caverne, glissant sur la craie mouillée. Joan s’accroupit joliment et nous suit, en tenant toujours ma main pour garder l’équilibre. Je glisse à sa suite dans la grotte. Nous nous remettons d’aplomb et nous tenons debout, nous allumons les lampes-torches pour la première fois depuis que nous avons entamé notre longue marche. La lumière miroite sur les parois humides de la caverne et dans les flaques d’eau de chaux sur le sol. Hors du vent et sous terre, le silence est soudain oppressant, puis tout le monde commence à parler en même temps, nous nous déchargeons de la tension engendrée par la marche et la peur de l’inconnu.

Je fais glisser le sac à dos de mes épaules et je remarque avec quelque répugnance qu’il est couvert de craie mouillée. Je l’ouvre et j’y cherche ma boussole, puis je la scrute attentivement jusqu’à ce qu’elle m’indique le Nord. Les autres commencent à tirer leur équipement de leurs sacs à dos, et me passent du petit bois pour le feu au fur et à mesure qu’ils le trouvent. Je commence à construire le foyer en l’arrosant de paraffine amenée spécialement dans ce but. D’un seul coup, les cavernes deviennent vivantes et chaleureuses, les flammes oranges jaillissent jusqu’au plafond, un million de gouttes d’eau reflètent la lumière, scintillant comme autant de petits diamants.

J’empile davantage de bois sur le feu et je m’écarte, les flammes descendent pour consumer le combustible frais. La fumée serpente sur le plafond, et les garçons éteignent leurs lampes de poche.

Nous nous tenons debout autour du feu, nous nous réchauffons, et nous commençons à nous déshabiller. « Creuse le cercle », dit Joan à Blackie. Il est en train d’enlever son pantalon et se tient comme une grue sur un pied en réfléchissant à ce qu’elle vient de dire. « D’accord, dès que je me serai changé. » Il se dépêche de se déshabiller et se rapproche du feu le temps d’attraper sa robe de sorcier et de passer sa cape sur ses épaules. Il se place au centre de la caverne, et commence à délimiter le cercle en creusant au sol une ligne avec son couteau. Les autres accomplissent tous en silence les taches qui leur sont dévolues. Joan et moi cherchons dans les sacs les instruments, nous les nettoyons avec soin et les plaçons sur le rebord rocheux qui nous sert de table. John et Peter mettent en place les bannières de manière à ce que les symboles mystiques soient tournés vers l’intérieur du cercle et situés aux quatre points cardinaux, faisant jaillir des éclats de craie lorsqu’ils les plantent dans le sol.

Blackie se redresse, son visage obscurci par l’effort d’avoir creusé. « Qu’est-ce qu’on dit, si on se fait prendre ? » demande-t’il. « Qu’on est des foutus archéologues, évidemment », répond John. Blackie rit puis se penche à nouveau et continue de creuser. Nous travaillons avec constance à mettre en place Caer Ochlen dans la caverne, jusqu’à ce qu’enfin tout soit prêt. La flamme rouge du feu se reflète dans l’argent du Graal et de la coupe. Je monte le trépied et j’y suspends le chaudron. Il se balance doucement dans la chaleur. Joan apporte le vin dans une bouteille thermos et le verse dans le chaudron. Une vapeur odorante s’élève lorsque le vin froid entre en contact avec le fond de laiton chaud du récipient. « Ca sent bon maman, qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » demande Peter, souriant de son propre humour. Joan rit en ajustant sa ceinture et en arrangeant sa robe, plaçant avec soin les sept noeuds.

Nous sommes à présent tous vêtus de nos robes noires, nous ajustons nos capes et nous tenons dans l’humilité et la pauvreté ; les débuts de tout pouvoir magique. Encore un peu de travail, puis je passe l’épée à travers le crâne, le liant soigneusement à la poignée sculptée. Je la brandis jusqu’au centre de la boussole puis je plante profondément la lame dans la terre. Il est temps de commencer. Joan jette des grains d’encens dans le feu, puis elle se bénit elle-même, d’abord l’oreille gauche, puis l’oeil gauche, le front, l’oeil droit et l’oreille droite. Elle se tourne, profilée par les flammes, touche sa bouche, puis son sein droit, puis sa cheville gauche. Nous nous sommes regroupés en croissant autour d’elle, suivant la bénédiction, accompagnant chaque action du murmure d’une prière à Dieu. Les mots anciens se développent dans les ombres de la caverne, les profondes voix de basse des hommes rencontrent leurs échos, entretissés de la voix de Joan.

Le feu bondit, et Joan se rapproche pour de moi pour prendre le graal que je tiens. Le brandissant, elle le présente aux cieux et à la lune, les herbes et les pommes y flottent à la surface de l’eau, et l’obscurité de la caverne semble se masser autour de lui. J’entonne le grand chant, et soudain le silence de la nuit prend vie. Joan abaisse le graal et souffle dessus, puis vide son contenu dans le chaudron. Nous marchons vers lui, toujours groupés en croissant, nos capuches rejetées en arrière, et nous la suivons tandis qu’elle entame la danse ondulante du labyrinthe devant le récipient qui bout. Puis le motif change et nous dansons tous autour du feu.

Nous nous arrêtons, elle plonge la louche dans le chaudron, puis nous la fait passer de l’un à l’autre et nous mangeons les fruits de la vie. Ensuite, Joan, seule cette fois, agite la louche en tous sens en tournant trois fois autour du chaudron, puis y replonge l’ustensile. Nous tirons nos couteaux et les enfonçons dans la terre, puis nous dansons furieusement autour du feu, une fois encore. Je mène la danse jusqu’à ce que nous nous trouvions tous autour du cercle. L’invocateur, qui est le dernier placé, retire le chaudron du feu et verse son contenu dans le petit fossé creusé autour de nous. De la fumée s’élève autour de nous, le liquide rouge s’écoule le long de la rigole et forme un circuit complet, chassant la poussière sur les côtés, s’enroulant autour des branches de saule et de sorbier.

Je franchis le fossé et je me tiens debout face à l’épée et au crâne. Je lève ma main gauche et je trace rapidement les signes avec mes doigts, puis j’accomplis rapidement les gestes traditionnels qui signifient tant pour un sorcier, mes mains tapent sur mes jambes et sur mon corps pour mimer les vieilles légendes. Les autres font de même. Joan lance le gâteau sur le sol à la porte du cercle et enfin, nous franchissons tous la barrière qui sépare les vivants des morts.

« UEIOA », cinq doigts levés. « UEIOA », frappe sur la cuisse gauche, puis en avant avec les chevaux sauvages, et au travers de l’anneau d’argent. Nous commençons à marcher le long du cercle, tenant l’anneau en l’air, puis pour finir nous l’abaissons sur le crâne. Nous nous tournons, nous déposons nos bâtons sur le sol selon la forme du motif du rituel, et nous commençons à tourner en rond. (ndt: we begin to tread the mill, il y a un rapport avec le mouvement d’un moulin qui tourne, et on trouve aussi cette expression traduite par « en spirale ». Dans le doute, je traduis par « tourner en rond » mais cela peut être inexact.) Encore et encore, dans le silence absolu, nos doigts suivent le motif que les sept noeuds font dans la corde. Nos volontés, nos pensées, nos concentrations sont entièrement mises dans notre travail, nos capuchons sont rabaissés sur nos yeux, nous pensons, nous voulons, nous visualisons l’image de la vertu qui passe d’une partie de notre corps à l’autre, les sensations changent comme des couleurs pour l’oeil de notre esprit.

Nos brefs moments de baisse de concentration nous donnent l’aperçu fugace de la grotte qui semble tourner autour de nous, avant que nous ne retournions à l’obscurité de nos capuchons et à nos volontés sous pression. La fumée s’épaissit tandis que le feu baisse, et nous semblons tous rencontrer des difficultés pour respirer, nous étouffons presque dans cette atmosphère pesante. Puis d’un seul coup, c’est comme si nous respirions de la glace pure, cristalline et froide. La vertu a été transmutée. Immédiatement après un vent froid semble s’enrouler autour de nos chevilles, arrachant le pouvoir physique de la chair. La peur descend soudain comme une couverture moite, et chacun de nous a l’impression que nous sommes observés ; c’est le rassemblement de la force que nous invoquons. La sensation de peur s’accroit jusqu’à ce que nous devions monopoliser la moindre parcelle de notre volonté pour ne pas fuir.

La caverne semble soudain pleine de bruits de coups et je tressaille, revenant à ma conscience ordinaire totale pendant une brève seconde, puis je me reprends et je me replace sur les sombre sentier de la volonté. Je ne foule plus le sol de la grotte, je marche sur l’air. Mon corps est à de multiples endroits en même temps ; un sentiment de désorientation incroyable m’emplit ; je n’ai plus conscience de mon corps. L’obscurité roule sur ma conscience et je flotte dans le vide autour du cercle, mon corps trébuche mécaniquement, encore et encore…

Je prends conscience de tous les autres du Clan comme s’ils étaient en moi, je peux tous les sentir. Mon esprit retentit de l’impression puissante que quelqu’un se tient là où se trouve le crâne. Immédiatement, nous tendons nos volontés vers la présence, la sondant, la questionnant; immédiatement la sensation de l’étranger augmente. Nous savons qui il est. Mon coeur bondit de peur et de joie en même temps. Nous intensifions notre volonté jusqu’à ce qu’elle soit comme un pont de fer, notre concentration totale va à lui. Nous pouvons vraiment voir des lumières vertes pulser sur le crâne et autour. « Maître, maître », je peux entendre le groupe l’appeler. Une lumière bleue se tord et bouge en spirale au centre du cercle. Nous travaillons davantage, et encore davantage, nos esprits souffrent de subir cet effort intense. La lumière se condense dans la forme d’un homme, portant une cape comme nous. Le pouls du pouvoir bat par vagues à travers nous, encore et encore. Un sentiment d’euphorie efface notre fatigue ; il exsude la force et la sagesse. Nous le saluons.

Nous revenons à nous dans la caverne humide, le feu est presque éteint. Nous nous sentons épuisés, nous ressentons des picotements partout, nous nous arrêtons de marcher, l’air de la grotte devient moins dense dans nos bouches. Joan prononce une prière de remerciement et nous brisons le cercle, nous remettons tout en place comme avant. C’est fini maintenant, nous nous asseyons, apathiques, pendant un petit moment, nous nous réchauffons auprès du feu mourant, car nous souffrons à la fois de froid et de fatigue, nos esprits sont engourdis. Blackie rajoute un peu de bois et attise le feu, il souffle dessus jusqu’à ce que le combustible prenne et lance une chaleur joviale sur toutes choses.

Nous cherchons la nourriture et la boisson dans nos sacs à dos et nous commençons à festoyer. Nous nous sentons peu à peu revigorés, puis pleins d’énergie. Avec la fumée s’élève la discussion, nous rions beaucoup et nous étirons nos membres avec délices devant le foyer incandescent. Six hommes, une femme, tous dévoués les uns aux autres et, par dessus tout, dévoués à nos Dieux. La conversation prend de l’ampleur, nous discutions de toutes sortes de choses. Comment faire ceci… comment faire cela… les femmes, comment les faire venir, mais elles ne ressentent pas d’intérêt pour la sorcellerie de nos jours… le groupe demeure déséquilibré, pas de femmes, pas d’équilibre.

Nous parlons et nous mangeons, puis finalement, nous remettons tout en ordre et nous entamons notre voyage de retour. Fatigués mais revigorés, salis par notre séjour dans la caverne mais purs de coeur. Nous marchons à travers champs, frissonnant dans l’air de l’aube, jusqu’à nos voitures. Un agent de police sort des ombres et s’approche de nous. Excusez-moi… vous êtes garés à un endroit dangereux… qu’est-ce que vous avez dans vos sacs à dos ? Nous vidons nos sacs et nous lui expliquons. On peut voir ce qu’il pense d’après son expression de dégoût et d’horreur. Des questions, encore des questions, des incompréhensions, toujours des incompréhensions. Dieux, nous devons endurer tant de choses, nous autres pauvres sorciers.

[Traduction] La Forge du Vieux Tubal – Ann Finnin

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in The Forge of Tubal Cain
© Ann Finnin
Traduit/adapté de l’anglais par Tsukimi

Imaginez un instant que vous souhaitiez reconstituer un puzzle. Un gros tas de pièces aux bords étranges sont répandues devant vous. Vous avez une vague idée de ce à quoi le puzzle est sensé ressembler, mais vous n’avez pas de boite affichant l’image du puzzle fini pour vous servir de guide. Comment commenceriez-vous l’assemblage des pièces ?

Tel était précisément notre dilemme en hiver 1976 lorsque nous avons commencé à reconstruire la tradition 1734. Qu’est-ce que nous allions bien pouvoir faire dans le cercle si nous ne voulions pas y faire l’amour, nous y souler, jeter des sorts d’amour, d’argent, ou pour guérir les oignons aux pieds de la tante Edna ? Et comment tracerions-nous le cercle, en ne suivant pas le rituel standard des Gardnériens ? Les rituels pour tracer le cercle que nous avions appris jusqu’à maintenant n’étaient pas seulement longs, mais aussi terriblement pesants, ils demandaient un bon bout de temps et d’efforts.

Nous avons décidé qu’il devait y avoir une meilleure manière de faire. Alors nous nous sommes assis là, avec les rituels que nous tenions des Gardnériens et de la Tradition Américaine, et nous les avons disséqués. En utilisant une grande variété de références, en consultant des gens qui avaient travaillé dans plusieurs traditions, et en saupoudrant le tout d’une bonne dose de bon sens, nous sommes parvenus à identifier et dans la plupart des cas, éliminer les pratiques rituelles qui n’étaient pas nécessaires à ce que nous essayions de reconstruire.

Les premières choses à prendre le large furent les emprunts les plus évidents à la Magie Cérémonielle. Avec les livres que nous avions à disposition, il était très facile d’identifier les passages concernés. Par exemple la consécration du sel et de l’eau, le triple tracé du cercle, la protection des éléments, etc. Nos lectures nous avaient appris que ces éléments rituels remontaient à l’époque où les cercles magiques se traçaient préalablement à l’invocation de démons. Pour des travaux magiques de ce type, il était évidemment impératif d’utiliser un rituel lourd pour s’assurer que les forces négatives puissantes resteraient bien en dehors de l’espace de travail.

Nous utilisions le cercle dans un but complètement différent : contacter des forces positives et les garder à l’intérieur de l’espace de travail rituel. Dans la tradition que nous tachions de reconstruire, le cercle était un endroit sacré où les Dieux et les mortels pouvaient se rencontrer et communier ; ce n’était pas une cellule de contention pour des esprits antisociaux qu’il fallait brusquer pour leur faire faire quelque chose d’utile sous la contrainte. Par conséquent, nous avons décidé que la plupart des éléments rituels empruntés à la magie cérémonielle étaient superflus, et nous les avons simplement éliminés. Cela a considérablement raccourci la durée de notre procédure pour tracer le cercle, et personne ne l’a regretté.

Nous avons laissé tomber en second lieu le rituel écrit. Avec Ed nous avions d’abord appris à improviser nos invocations des Quarts. Nous en sommes arrivés au point où nous improvisions tout. Au final, même les parties mémorisées, aussi petites fussent-elles, s’en allèrent. Par exemple, le rituel de tracé du cercle que nous recommandons actuellement à nos étudiants vient à la base de Joe Wilson, et nous le communiquons à nos étudiants uniquement en guise de modèle. Au fur et à mesure les novices se familiarisent avec l’improvisation, et ils finissent presque toujours par utiliser leurs propres mots.

Et ensuite, une fois le cercle tracé ? Que pouvions-nous faire pour développer la tradition, entre le tracé et le bannissement du cercle ? Le but d’une tradition à Mystère après tout, était de développer une relation avec la Déité (ou les Déités, selon le point de vue), et de demander l’aide de ces Déités concernant son développement magique et spirituel. Le manière de faire était, logiquement :

a) contacter la Déité et établir une méthode de communication avec Lui ou Elle, et

b) établir un état de conscience extra-ordinaire suffisamment fort, mais sans prendre trop de risques.

A cette époque, très peu de covens de la Tradition Américaine faisaient quoi que ce soit d’approchant. Certains se livraient à des exercices de divination, en utilisant des boules de cristal ou d’autres médiums. Très peu pratiquaient l’ »aspecting », plus connu dans le courant New Age sous le nom de « channeling ». Cette pratique permet à un Pretre ou à une Pretresse d’etre possédé par un Dieu ou une Déesse, d’une manière très similaire à la possession d’un médium par l’esprit d’une personne défunte. Ces méthodes ont été mises à l’épreuve du temps, mais lorsque nous avons eu l’occasion de les voir mises en œuvre, c’était surtout par des personnes très peu entrainées qui procédaient d’une manière hasardeuse, et il n’y avait aucun moyen de distinguer ce qui pouvait être authentique et ce qui relevait peut-être de la comédie. Une fois encore, nous nous sommes dits qu’il devait y avoir une meilleure manière de faire. Alors nous avons totalement abandonné notre entrainement à l’Art et nous nous sommes intéressés à une toute autre source.

En Octobre 1974, nous avons rencontré Carroll « Puke » Runyon et en 1975, nous avons rejoint sa loge magique, l’Ordre du Temple d’Astarté, à Pasadena. Suivant à la base la charte de l’OTO, l’OTA avait cependant une différence importante qui la mettait à l’écart des loges cérémonielles habituelles tells que l’OTO ou la Golden Dawn. Dédiée à laDéesse sumérienne Astarté, l’OTA était plus païenne que judéo-chrétienne et incorporait nombre des préceptes philosophiques qui distinguaient un groupe païen d’un groupe strictement cérémoniel.

En choisissant ses méthodes magiques, Poke prit plusieurs décisions majeures. D’abord, il utilisait quelques techniques d’auto hypnose similaires à celles de Joe Wilson, pour induire un état de transe à la fois sécuritaire et efficace chez ceux qui prenaient part à ses rituels. Deuxièmement, dans les rituels de la Goetie qu’il utilisait, ilinvoquait les Dieux et Déesse de Sumer, en particulier Baal et Astarté, en lieu et place des démons judéo-chrétiens en lesquels ils furent transformés par la suite.

C’est en travaillant à l’OTA que nous avons appris comment faire se manifester un Dieu ou une Déesse dans le cercle, et comment permettre aux gens de les voir, de les entendre, de leur parler et de recevoir d’eux des messages – en regardant dans un cristal ou un miroir noir, ou par l’intermédiaire d’une personne en transe médiumnique. C’était en substance très peu différent de ce que nous avions pu voir dans d’autrescovens que nous avions fréquentés, hormis pour deux choses cruciales.

En premier lieu, on s’engageait dans le rituel avec un objectif bien défini, sur lequel tout le monde se mettait d’accord au préalable. Par exemple, le groupe pouvait stipuler que l’objectif était de contacter une Déesse spécifique (mettons, Astarté), en utilisant un rituel précis et standardisé (le miroir noir) et que le médium serait une personne en particulier et aucune autre (pas nécessairement la Grande Prêtresse ou le Grand Prêtre). Bien souvent, les gens avaient différentes questions à poser à la Déité concernant un sujet particulier.

Le second point s’avéra plus problématique. Le rituel était accompli comme prévu, puis tout le monde se rassemblait pour un débriefing. Est-ce que tout avait bien fonctionné ? Si non, pourquoi ? Qu’est-ce quia mal tourné ? Est-ce que quelqu’un d’autre dans le cercle avait expérimenté Astarté, à part la personne choisie comme médium ? Les réponses aux questions ont-elles été satisfaisantes ? Avaient-elles du sens ?

Si cette approche vous semble trop contrôlée et trop structurée, comparez-là à celle-ci. On commence un rituel planifié, et une femme s’écroule subitement sur le sol sans que personne ne s’y attende, ses yeux se révulsent, elle annonce qu’elle est une Déesse en particulier et elle se met sans crier gare à faire des proclamations, à donner des conseils et à prédire des choses que personne ne demandait, totalement invérifiables. Le coven entier reste désemparé jusqu’à ce qu’elle décide qu’elle a fini. Puis elle revient à elle, tremblante et hoquetante, et exige d’être réconfortée, réchauffée, cajolée, qu’on fasse attention à elle de manière générale, et voilà le travail planifié pour la soirée qui passe à la trappe.

Qu’est-ce qu’on a là ? Est-ce que cette représentation constitue une véritable séance oraculaire, ou simplement une comédie de la part du médium ? Et même si l’oracle était authentique, est-ce que cela justifie d’interrompre le rituel de quelqu’un d’autre ? Et le plus important peut-être, les proclamations et conseils de l’oracle doivent-ils être pris à la lettre et suivis, comme s’ils étaient des instructions venues d’En-Haut ?

Les possessions spontanées, les canalisations de Dieux et Déesses et les oracles arrivent dans les cercles. Cela m’arriva même à moi alors que je débutais tout juste et que je ne savais pas grand chose en matière d’Art. Le cercle n’était pas vraiment un coven, mais une collection hasardeuse de personnes qui s’étaient rassemblées pour un rituel de pleine lune. Ce soir-là, la Grande Prêtresse était une femme très novice et très troublée émotionnellement, qui essayait se donner une contenance en vertu d’une autorité qu’elle ne possédait pas vraiment. Un vieux vétéran de l’Art – un homme qui pratiquait depuis avant la naissance de la jeune femme et qui avait des idées très arrêtées sur la manière de procéder – l’a défiée sur un point particulier du rituel. Ils commencèrent à se disputer dans le cercle, mettant tout le travail de la soire en pause en s’aboyant mutuellement dessus pour savoir qui avait raison et qui avait tort.

Totalement gênée par la situation, et cependant incapable de faire quoi que ce soit pour arranger les choses, j’ai commencé à regarder la lune au-dessus de nous en me disant que tout ce brouhaha était un terrible gâchis par une si belle nuit. La seule chose dont je me souvienne, c’est que tout le monde m’a regardée comme si une deuxième tête avait poussé sur mon cou. On m’informa que pendant un bref moment, Quelqu’un ou Quelque chose d’autre s’était tenu là dans mon corps, avait regardé par mes yeux, et parlé avec ma bouche, en disant quelque chose du genre « Comment osez-vous vous quereller dans le cercle sacré. Arrêtez de faire n’importe quoi et continuez le rituel. »

La possession (si c’en avait été une) n’avait duré qu’une minute ou deux, puis j’étais revenue sans aucun effet secondaire désagréable. Je n’ai absolument aucune idée concernant l’entité, était-ce une Déesse, LA Déesse, ou mon moi supérieur ? Mais cela n’avait aucune importance. C’était quelque chose d’autre que ma personnalité novice de 22 ans, et les mots prononcés, quels qu’ils aient été, avaient été pris immédiatement à la lettre. Les deux personnes en question ont immédiatement cessé de se disputer, se sont présenté mutuellement des excuses (!), et le rituel a continué normalement jusqu’à son terme.

Ces possessions spontanées sont-elles authentiques ou non ? Cela dépend de la situation. Certaines le sont, d’autres pas. Toutefois, même si une possession authentique et non sollicitée se produisait dans un cercle, ce serait plutôt l’indice que quelque chose se passe mal durant le rituel et qu’une intervention de l’Autremonde est nécessaire pour résoudre le problème.

Ce n’est pas simplement risqué magiquement et psychiquement, c’est aussi difficile pour un médium de canaliser une Déité sans avertissement et sans préparation. Et les réactions émotionnelles des autres membres du cercle rendent compliquée toute évaluation critique du contenu du message énoncé. Par conséquent, notre tâche était de trouver comment établir un contact authentique et vérifiable avec les Déités, de leur laisser assez de temps pour parler comme elles le souhaiteraient, sans que le rituel ne tourne à la possession en self-service qui conduit à la comédie et à d’autres abus.

Au fil des années, avec un peu plus d’entrainement en matière d’hypnose et de psychothérapie, ces techniques sont pour nous devenues un art subtil. Nous avons utilisé des miroirs noirs, de la fumée d’encens, des lames brillantes, des chaudrons remplis d’eau et d’autres supports de voyance pour provoquer des manifestations que pratiquement tous pouvaient percevoir d’une manière ou d’une autre. Nous avons aussi développé des techniques avec lesquelles toute personne pouvait atteindre un certain niveau de capacité médiumnique, et ainsi être capable de recevoir des images, des messages, et de manifester physiquement les déités via la possession dans le cercle.

Mais quels Dieux seraient donc invoqués ? Ce choix était crucial car il devait déterminer l’état d’esprit culturel de Roebuck. Un panthéon égyptien, par exemple, donnerait une culture entièrement différente d’un panthéon gréco-romain.

Dans le Corpus 1734 il y avait un étrange addendum de trois pages, présumément attribué à Norman, qui donnait un aperçu de ce qui semblait être la structure d’un cercle. Chaque point cardinal était marqué par un château, lequel avait un dirigeant, un symbole, et un attribut élémentaire, comme suit :

A l’Est, un château entouré par du feu, sur lequel règne Lucet.
Au Sud, un château entouré par des arbres, sur lequel règne Carenos.
A l’Ouest, un château sous les profondeurs de la mer, sur lequel règne Nodens.
Au Nord, un château construit dans les nuages, sur lequel règne Tettans.

Quelques recherches nous ont bientôt révélé que Lucet n’est autre que le Lugh Salmidanach, « aux dons multiples », des légendes irlandaises, ou Llew à la longue main ds légendes écossaises – tous deux étant des guerriers solaires de style appolonien, talentueux dans toutes les formes d’artisanat et d’art, et particulièrement dans le domaine de la poésie bardique. Il y avait aussi des associations maçonniques très claires avec Lucifer dans son rôle de Porteur de Lumière, mais nous avons décidé de les abandonner pour nous concentrer sur les formes irlandaises et écossaises de ce Dieu. Comme Lugh et Llew étaient quasiment identiques, nous avons décidé d’utiliser ces deux noms de manière interchangeable.

Carenos était bien entendu le Cernunnos gaulois, le Dieu aux bois de cerf dont l’image figure sur le Chaudron de Gundestrup. Ce n’est pas seulement un dieu de fertilité, c’est aussi Gwyn ap Nudd ou Herne le Chasseur, un dieu des animaux, à la fois lié à la reproduction des espèces et à la chasse. Il est appelé au Sud en tant que Cernunnos lorsqu’on met le cercle en place, mais on reconnaît également son côté sombre durant les fêtes de la Lune des Veneurs, en Octobre, lorsqu’il mène la Chasse Sauvage pour rassembler les âmes des animaux et des hommes qui ne survivront pas au froid de l’Hiver à venir.

Nodens était un peu plus obscur. Il s’avéra être un dieu des mers britannique, plus spécifiquement le Dieu des Grandes Profondeurs, des Abysses. Il avait un temple à Lydney dans le Goucestershire. Les gens l’invoquaient pour retrouver des objets perdus ou découvrir des trésors cachés, mais il y a aussi des indices qui montrent que son temple était utilisé également pour obtenir des rêves oraculaires et les faire interpréter par des Prêtres. Il est aussi associé à Llawereint ou « Main d’Argent », un terme qui désigne le Dieu Ludd, Nudd, ou le Nuada irlandais, qui avait également une main en argent. Il est mentionné dans des récits d’Arthur Machen et de H.P. Lovecraft.

Tettans, c’était Teutatès, ou Toutatis, un autre Dieu gaulois associé aux orages. Les Romains l’assimilaient à Mars ou Mercure, faisant de lui à la fois un Dieu de la guerre et de la connaissance, un peu comme l’Odin Nordique. Il est également mentionné dans une bande-dessinée française dont les personnages vivent dans un village qui résiste à l’Empire romain (ndt : il s’agit bien évidemment de notre Astérix à la renommée internationale). Un peu partout dans les dialogues, ils s’écrient « Par Toutatis ! » comme un gentleman bien comme il faut de jadis se serait écrié « by Jove ! ». Selon toute vraisemblance, cette pièce adhérait à l’ensemble.

Le schéma émergeant était pour le moins intéressant. Le trait le plus évident était la dissemblance entre les associations élémentaires de la magie cérémonielle et des Gardnériens, et de cette structure de cercle. L’Air était au Nord, équilibré par la Terre au Sud. Le Feu à l’Est s’équilibrait par l’Eau à l’Ouest. Le jeune guerrier s’opposait au vieux roi, l’homme vert s’opposait au sorcier sage. Ce n’était pas orthodoxe mais c’était sensé, à la fois sur le plan de la magie, du mythe, et de la psychologie. L’ensemble formait une série d’archétypes opposés qui s’arrangeaient dans le cercle de manière à se contre-balancer les uns les autres.

Cette organisation s’avérait très similaire au systèmes des Arts Ecossais décrit par Doreen Valiente dans son livre ABCs of Witchcraft – les esprits rouges et gris, les esprits blancs et noirs, le feu opposé à l’eau, la terre opposée à l’air. Nous étions tombés accidentellement sur un schéma celtique traditionnel d’associations élémentales, en rupture avec le schéma inspiré par la Golden Dawn que les Gardnériens utilisaient. Ce schéma serait éventuellement associé aux lignes de ley. (Ndt : voir au sujet de cette notion de « ley line », la page wikipédia « Alignement de sites » http://fr.wikipedia.org/wiki/Alignement_de_sites)

Mais c’était encore incomplet. Dans ses lettres à Joe Wilson, Cochrane avait évoqué les « reines des Dieux du vent », ou un système de Déesses allant par quatre, qui compléteraient les quatre Dieux. Malheureusement il ne les nommait pas. Cochrane avait donné à Joe la tâche de les identifier, comme un exercice à faire, mais à l’époque, Joe n’avait jamais réussi à les découvrir de manière satisfaisante. Nous avons décidé que pour équilibrer totalement le cercle, nous allions recourir à des Déesses élémentales en plus des Dieux, et que nous les invoquerions également en établissant le cercle. A partir de là, nous devions nous débrouiller par nous-mêmes.

Avec l’aide de l’ex-femme de Joe, Mara, nous avons commencé nos recherche, armés de deux hypothèses majeures. La première était que les quatre Déesses ne seraient pas les « épouses » ou les « consorts » des quatre Dieux. Elles ne devraient même pas obligatoirement appartenir au même panthéon. Elles seraient choisies en tant que « Déesses les mieux disposées à apporter un ensemble d’attributs », indépendamment de leurs relations mythologiques avec les Dieux. Pour cela, nous avons décidé de placer les Déesses aux Quarts intermédiaires, ce qui aboutissait à une roue à huit rayons plutôt que quatre. Chaque Déesse aurait ainsi un festival et une direction bien à elle, et elles ne partageraient rien avec les Dieux si ce n’est un attribut élémentaire relativement arbitraire.

En second lieu, toujours dans la lignée de notre éloignement des pratiques de magie cérémonielle, nous avons décidé d’associer une Déesse à chaque élément, même à ceux traditionnellement considérés comme « mâles » tels que l’air et le feu. Etrangement, ce furent les deux éléments les plus aisés à pourvoir. Les Irlandais avaient une Déesse du Feu, Brighid, qui présidait traditionnellement tous les domaines dans lesquels Lugh était renommé – poésie bardique, guérison et forge. Elle était en fait si puissante que les Chrétiens n’avaient pas réussi à s’en débarrasser. Alors ils l’ont canonisée en tant que « Sainte Brigitte » et ont permis à son feu sacré de continuer à être entretenu à Kildare pendant des siècles. Elle était déjà naturellement associée au festival d’Imbolg, ou Candlemas, situé au point Nord-Est de la roue de l’Année.

Puis vint la Reine de l’Air et de l’Obscurité elle-même, la Déesse irlandaise belliqueuse Morrigan, qui vole au-dessus des champs de bataille sous la forme d’un corbeau. Il n’y avait pas de Dame plus indiquée pour régner sur Samhain, le festival des morts, lorsque le bétail était abattu avant que l’hiver ne vienne. Sous son aspect de Morgane la Fée, elle était également associée à la sorcellerie, et Samhain était un moment où le voile entre les mondes était le plus fin, où l’on faisait de la divination pour avoir un aperçu de l’année à venir.

Le Sud et l’Ouest étaient plus obscurs et moins évidents. Une Déesse nommée Niamah, la soeur de Tubal Cain et l’inventeuse des arts divinatoires, fut suggérée comme candidate possible pour le Sud. Nous lui avons découvert une similarité avec la Reine d’Elfame écossaise, l’irlandaise Niamh aux Cheveux d’Or, et la Nimue du cycle arthurien. Elle était la Dame qui enlevait le poète/le mage dans l’Autremonde, le réduisant à l’esclavage amoureux. Elle présidait non seulement à la fertilité du corps mais également à celle de l’âme et de l’esprit, lors du festival de Beltaine.

La Dame de l’Ouest fut la plus difficile à trouver. Lammas, ou Lughnasadh, était aussi le festival de la mère adoptive de Lugh, Tailtiu, mais nous n’avons rien pu trouver de signifiant à son sujet pour lui attribuer ce rôle, et nous ne sentions tout simplement pas que c’était approprié. Nous avons essayé Maeve ou la Reine Mab, la dame des rêves et des visions telle que décrite par Shakespeare, mais ça ne fonctionnait pas davantage. Puis nous nous sommes tournés vers le panthéon écossais et nous avons pris en compte le fait que Llew était aussi un barde. La Mère des Bardes était Cerridwen. A ce stade, nous savions que nous avions mis le doigt dessus. Cerridwen n’est pas seulement la dame du chaudron, symbole universel de l’eau, mais était aussi associée à la Reine du Graal. Le Graal, dépouillé de son symbolisme chrétien spécieux, devient le Vaisseau du sang, le Ventre de la Grande Mère, d’où toute vie est issue. Puisque l’eau de mer est chimiquement identique au sang, cela conviendrait.

Le cercle était complet.

Arrivés à ce point, nous nous sommes détournés de ce qui commençait à ressembler à un panthéon pan-celtique et nous avons décidé de conserver les formes centrales du Dieu et de la Déesse données dans le matériel de Cochrane. Dans ses lettres, Cochrane décrit son groupe et lui-même comme « le Peuple de Goda et le Clan de Tubal Cain ». Pour nous aligner sur sa tradition, nous avons gardé Goda comme Déesse Mère et Tubal Cain comme Dieu Père, et nous les avons invoqués au centre à chaque fois que nous tracions un cercle. Il s’avérerait plus tard que cette décision était sage.

La seule référence que nous avions trouvée concernant Goda venait de La Déesse Blanche, de Robert Graves, où elle était décrite comme une forme britannique particulière de la Déesse qui est « ni nue, ni vêtue, etc. » D’où son association avec Lady Godiva, dans le folklore anglais, qui fut mise au défi par son mari d’apparaître nue en ville si elle voulait le convaincre de renoncer à imposer au peuple une lourde taxe. Elle résolut le problème en descendant à cheval les rues de Coventry, drapée dans sa longue chevelure. Cette énigme poétique se trouve aussi dans nombre de chansons populaires qui parlent de tâches apparemment impossibles à accomplir, qui permettent à celui qui les résout d’accéder aux secrets de l’Autremonde. C’est un motif très similaire à celui du Mabinogion où Llew explique à Blodewedd qu’il ne peut être tué que s’il se trouve « ni sur terre ni sur l’eau, etc. ». Elle lui demande de résoudre l’énigme et de lui monter la seule et unique position dans laquelle il pourrait être tué, et au moment où il s’exécute, elle le fait tuer d’une flèche par son amant.

Il était très évident depuis le départ que Goda était davantage un titre qu’un nom (un titre venant très probablement des Nordiques, Godia signifiant Déesse ou Prêtresse). Le fait qu’Elle soit invoquée par Son titre, plutôt que par Son nom, l’identifia plus tard avec « 1734″, à la fois l’Amour et la Mort, le Noir et le Blanc, la Rose issue du Tombeau, la Créatrice et la Destructrice. Son nom secret, qu’on peut utiliser pour l’appeler, est donné à tous ceux qui la cherchent de manière individuelle, et ne doit être révélé à personne d’autre.

Tubal Cain est longtemps demeuré une énigme. Dans la Déesse Blanche, il est décrit comme un personnage sémitique, le petit-fils du Caïn de l’histoire de Caïn et Abel. La tradition maçonnique le décrit comme un forgeron semi-divin qui forge les choses de ce monde, aussi bien des objets utiles que des armes de guerre, des socs de charrue aussi bien que des épées. Plusieurs poèmes intéressants, écrits par des poètes anglais aux environs de la Première Guerre Mondiale – y compris Kipling – décrivent Tubal Cain de cette manière.

Le Forgeron au teint charbonneux amant de la Déesse Blanche est une autre figure souvent représentée dans les récits et chansons populaires. Certaines sectes Sufi médiévales, particulièrement dans les Iles britanniques (Ndt: « Certain medieval Sufic sectes, especially in the British Isles » je ne vois pas de quelles îles britanniques elle veut parler) enduisaient leurs visages de charbon, et le Forgeron-Magicien-Artisan est un symbole particulièrement celtique. Dans le mythe romain, Vulcain était boîteux, et les lettres de Cochrane évoquent le « Dieu cornu et tordu ». Mais pourquoi utiliser Tubal Cain plutôt que Wayland ou Goibniu ou tout autre forgeron celtique ?

Un érudit renommé, Isaac Asimov (Ndt: également écrivain de science-fiction très célèbre), écrivit dans son commentaire de la Bible que selon lui Tubal Cain, bien qu’il soit mentionné dans la Genèse, n’est pas sémitique du tout. Tubal est une région des montagnes du Caucase près de la Mer Noire. Cain signifie « forgeron » ou « qui travaille le métal ». Donc Tubal Cain signifie « le forgeron de Tubal », natif d’une région d’où on dit que les Celtes sont originaires, avant d’avoir migré à travers l’Europe. Si c’est en effet le cas, alors le Vieil Homme est littéralement l’arrière arrière arrière… grand-père, peut-être l’origine même des Celtes.

Puis, il fallut se pencher sur la Déesse Noire, « 1734″ en personne. Dans ses lettres à Joe, Cochrane avait écrit : « De même, 1734 n’est pas la date d’un événement, mais un groupe de chiffres qui signifient quelque chose pour une Sorcière. Un qui devient Sept états de Sagesse – la Déesse du Chaudron. Trois qui sont les Reines des Eléments… Quatre qui sont les Reines des Dieux du Vent. L’orthodoxie juive croit que celui qui connait le nom Saint et Imprononçable de Dieu détient un pouvoir absolu sur le monde matériel. Pour faire court, le Nom de Dieu en tant que Tetragrammaton (« Je suis ce que Je suis ») aboutit en Hébreu aux lettres IHVH, ou à l’Adom Kadomon (L’Homme Céleste). Adom Kadomon est composé de tous les archanges – en d’autres termes, une vision poétique des Eléments rassemblés. Les croyances de Juifs et des Sorcières se rejoignent sur ce point : l’homme qui découvre le secret des Eléments peut contrôler le monde physique. 1734 est la manière sorcière de dire IHVH. »